By Sarah Mawerere

Traversée Des Frontières : Les Commerçantes Prospèrent aux Frontières de l’Afrique et Construisent l’Avenir 

Rapporté par : Sarah Mawerere 

Translated by Ngo Fidele Juliette

Dans de nombreuses régions d’Afrique, les frontières sont plus que de simples lignes de démarcation ; elles constituent des lignes de vie pour les commerçants transfrontaliers, en particulier les femmes qui écoulent des marchandises pour subvenir aux besoins de leurs familles et de leurs communautés. 

Il existe un certain nombre de frontières clés qui ont facilité le commerce, telles que Malaba et Busia situés entre l’Ouganda et le Kenya, Mirama Hills et Katuna qui se trouvent entre l’Ouganda et le Rwanda, Mutukula entre l’Ouganda et la Tanzanie, Mpondwe entre l’Ouganda et la République démocratique du Congo (RDC) et Elegu entre l’Ouganda et le Soudan du Sud. Ces frontières ont été transformées en postes frontaliers à guichet unique (PFGU), conçus pour rationaliser le commerce et améliorer la mobilité. 

Ce récit s’intéresse principalement à deux postes-frontières : le poste-frontière à guichet unique de Mpondwe, situé à l’ouest entre l’Ouganda et la République démocratique du Congo, et le poste-frontière à guichet unique de Mutukula, situé au sud entre l’Ouganda et la Tanzanie. 

Frontière de Mutukula : Un régime commercial simplifié en faveur de l’autonomisation des femmes grâce au libre-échange 

Des commerçantes transfrontalières passent devant le poste-frontière à guichet unique de Mutukula photo de courtoisie de Malik Fahad 

Le poste-frontière à guichet unique (PFGU) de Mutukula, situé au cœur de l’intégration régionale de l’Afrique de l’Est, est un point de passage essentiel entre l’Ouganda et la Tanzanie, qui ouvre la voie au commerce, à l’espoir et à la transformation.  

Le régime commercial simplifié (RCS) est une politique mise en place par la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) qui permet aux petits commerçants, principalement des femmes, de faire passer des marchandises à travers les frontières sans avoir recours à des documents complexes ou à des intermédiaires. Le système s’applique aux marchandises d’une valeur inférieure à 2 000 dollars américains et vise à réduire la corruption, à stimuler le commerce et à autonomiser les femmes dans le monde des affaires, tout en en offrant une source vitale d’emplois et de moyens de subsistance pour les personnes à faible revenu et peu qualifiées, qui sont majoritairement des femmes. 

Mme Benuza Jane est la présidente de l’Association des femmes commerçantes transfrontalières de Mutukula. Elle explique comment les formations dispensées par la Communauté d’Afrique de l’Est et d’autres organismes lui ont permis, ainsi qu’à ses collègues commerçantes, d’acquérir des compétences en matière de libre circulation et de commerce. Cliquez sur le lien ci-dessous pour écouter l’interview de Mme Benuza 

 

Le développement des infrastructures frontalières favorise la migration et la libre circulation en Afrique grâce au poste-frontière à guichet unique, qui regroupe les services d’immigration et de douane en un seul endroit, permettant ainsi un passage plus rapide des personnes et des marchandises. 

Une frontière, un système 

Le poste-frontière à guichet unique (PFGU) fusionne les opérations de contrôle des frontières des deux pays (Ouganda et Tanzanie) en une seule installation. Au lieu de passer par deux points de contrôle distincts, les commerçants sont désormais dédouanés en un seul endroit, ce qui réduit considérablement les retards. 

Le PFGU a non seulement réduit les délais de dédouanement et amélioré l’infrastructure frontalière, mais il est également devenu une porte d’entrée pour l’autonomisation des femmes grâce à des systèmes commerciaux formalisés, à des opportunités économiques et à la promesse d’une intégration régionale sans faille. Alors que les femmes traversent quotidiennement cette frontière avec des marchandises et des ambitions, leurs histoires reflètent le rêve africain plus large de libre circulation, d’inclusion économique et de politiques commerciales tenant compte de la dimension de genre. 

Les représentants de l’Administration fiscale de l’Ouganda (URA) et ceux de l’Administration fiscale de la Tanzanie (TRA) travaillent côte à côte pour servir les commerçants. « Les dossiers des femmes seront traités de manière sensible et sans délai », déclare M. Milton Rahuka, directeur régional de l’Administration fiscale de l’Ouganda pour la région sud-ouest, qui supervise la frontière de Mutukula.  « Les femmes commerçantes passent par le poste-frontière bien organisé et doté de meilleures installations. » ajoute M. Rahuka. L’audio de M. Rahuka est disponible ci-dessous. 

 

L’amélioration des routes et des installations aux postes-frontières réduit le temps de trajet et les coûts de transport, rendant la mobilité plus accessible et plus sûre. Cette efficacité change la vie des femmes qui font du commerce transfrontalier entre l’Ouganda et la Tanzanie.  

Pourquoi la libre circulation est-elle importante en Afrique ? 

L’Union africaine (UA) a adopté en 2018 le Protocole sur la libre circulation des personnes, qui vise à créer une Afrique sans visa, à faciliter les déplacements transfrontaliers et à stimuler le commerce intra-africain. Bien que seuls quelques pays l’aient ratifié jusqu’à présent, des progrès sont en cours, notamment dans des cadres tels que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). 

Selon l’UA, près de 70 % des commerçants transfrontaliers informels sont des femmes. Ces femmes sont confrontées à des obstacles particuliers : accès limité au financement, harcèlement aux postes-frontières, piètre qualité des installations sanitaires et accès limité aux informations juridiques ou commerciales. 

Les femmes représentent encore 70 à 80 % du commerce transfrontalier informel en Afrique (ONU Femmes, 2022). 

Les principaux avantages de ces initiatives sont la réduction des coûts commerciaux et de la bureaucratie, la stimulation du commerce intra-africain, l’autonomisation des commerçants informels, en particulier des femmes, et le renforcement de la paix et de l’intégration régionales. 

Mandatée pour s’exprimer au nom du ministère des Affaires de la Communauté de l’Afrique de l’Est en Ouganda, la secrétaire permanente du ministère, Mme Edith Mwanje, a rendu hommage au bloc de la Communauté de l’Afrique de l’Est, qui, grâce à son Traité de l’Afrique de l’Est, a permis aux femmes de se lancer dans le commerce transfrontalier, ce qui, selon elle, contribue à leur émancipation. 

Mme Mwanje a révélé qu’à travers le programme de mise en réseau numérique pour les femmes d’affaires, quinze millions de femmes commerçantes à travers l’Afrique sont invitées à passer au numérique dans leurs activités commerciales et à se mettre en réseau en utilisant des appareils numériques tels que des téléphones portables et des ordinateurs, afin de partager des informations sur le commerce et le marketing, ce qu’elle considère comme la meilleure façon de faire des affaires. 

 « D’autres initiatives, telles que l’East Africa Business Council (Conseil des affaires de l’Afrique de l’Est), ont également mis en place des plateformes qui permettent aux femmes de se développer ensemble et de s’intégrer en travaillant ensemble », a-t-elle ajouté.  

Frontière de Mpondwe : une nouvelle ère 

Mpondwe, un poste-frontière à guichet unique (PFGU) récemment modernisé et soutenu par des projets régionaux dans le cadre du Projet de facilitation du commerce dans la région des Grands Lacs (PFCGL) et du COMESA (Marché commun de l’Afrique orientale et australe), a contribué à     rationaliser les échanges commerciaux.                                                                                                                                                                                                                   Panneau indiquant le bureau des commerçantes transfrontalières de Mpondwe-RDC [Photo de Ram Kikamah] 

Le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA) a joué un rôle essentiel dans la facilitation du commerce transfrontalier, le rendant plus sûr et plus efficace pour les commerçantes. Cependant, le COMESA n’agit pas seul sur le continent : d’autres blocs régionaux et agences internationales promeuvent également la libre circulation et la facilitation des échanges commerciaux par le biais de divers accords et protocoles. 

Le projet des Grands Lacs, qui a fonctionné pendant trois ans jusqu’en 2022, a été mis en œuvre par le COMESA en collaboration avec d’autres organismes de soutien. L’objectif de développement de ce projet était de faciliter le commerce transfrontalier en augmentant la capacité commerciale et en réduisant les coûts auxquels sont confrontés les commerçants transfrontaliers, en particulier les petites entreprises, les familles vulnérables dans les zones frontalières et les femmes commerçantes. 

Le projet a également profité aux jeunes en créant de nouvelles opportunités d’emploi dans le secteur de la construction, mais aussi dans des secteurs tels que le transport et la logistique, à mesure que les flux commerciaux augmentent et s’organisent davantage. 

Le ministère ougandais du commerce et des coopératives a construit le marché frontalier de Mpondwe et attribué des étals à 2 768 commerçants, dont 2 060 femmes (soit 74,4 %) et 708 hommes (soit 25,6 %). L’installation s dispose également d’une crèche pour aider les mères et prend en compte les personnes handicapées.  

 

Graphique indiquant la répartition des stands au marché de Mpondwe entre hommes et femmes commerçants transfrontaliers 

Le ministère ougandais du commerce et des coopératives a construit le marché frontalier de Mpondwe et a attribué des étals à la majorité des femmes. L’installation dispose également d’une crèche pour aider les mères et tient compte des personnes handicapées. 

Interrogé sur les changements spécifiques mis en œuvre pour simplifier les opérations des petits commerçants, M. Milton Tenywa, responsable adjoint du développement commercial du COMESA au guichet unique de Mpondwe, a déclaré qu’après la construction du bâtiment, divers bureaux, notamment ceux de l’Administration fiscale de l’Ouganda (URA) et des services d’immigration, ont été regroupés dans la même structure, contrairement au passé où les bureaux étaient éloignés les uns des autres. « Cela a donc permis de réduire les délais de dédouanement pour les commerçantes », a-t-il souligné. 

Tenywa a noté qu’en tant que bureau du COMESA, il s’occupe spécifiquement des petits commerçants transfrontaliers dont les marchandises ont une valeur inférieure à 2 000 dollars, ajoutant qu’à l’origine, ledit bureau et d’autres bureaux fonctionnaient dans de petits conteneurs, une situation qui rendait les transactions commerciales difficiles.

Il a également révélé que le nombre de femmes commerçantes au poste-frontière de Mpondwe a augmenté au fil des ans grâce à la sensibilisation de la communauté ; il a souligné qu’elles étaient autrefois freinées par le réseau, un problème qui a été résolu afin d’éviter tout retard dans le dédouanement au poste-frontière. 

Ecoutez Mr. Tenywa ici

L’importance des infrastructures liées au genre 

Les femmes représentent une part importante du commerce transfrontalier informel en Afrique. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), elles représentent environ 70 % de ces commerçants dans la région de la Communauté de développement de l’Afrique australe. Ces femmes jouent un rôle crucial dans la sécurité alimentaire et l’activité économique en commercialisant des produits agricoles et d’autres marchandises. 

Les nouvelles infrastructures ne se limitent pas aux routes, aux postes de contrôle de douane et autres bâtiments équipés – il s’agit d’une conception qui tient compte de l’égalité des sexes. À Mpondwe (frontière entre l’Ouganda et la RDC), Mutukula (frontière entre l’Ouganda et la Tanzanie) et Bunagana (frontière entre l’Ouganda et la RDC), une planification sensible au genre a permis d’améliorer le commerce pour les femmes transfrontalières, 

L’amélioration des infrastructures au poste-frontière de Mpondwe entre l’Ouganda et la République démocratique du Congo (RDC) a considérablement profité aux femmes commerçantes transfrontalières, illustrant les avantages plus larges de la libre circulation en Afrique. Ces développements n’ont pas seulement facilité le commerce, mais ont également permis renforcé l’autonomie économique des femmes, contribuant ainsi à l’intégration régionale et à la prospérité.

Des femmes et des hommes commerçants transfrontaliers suivent la procédure douanière au poste-frontière à guichet unique de Mpondwe [Photo récente prise par Ram Kikamah] 

Avantages pour les femmes commerçantes transfrontalières 

Dédouanement plus rapide : Les femmes commerçantes, dont beaucoup vendent des denrées périssables telles que des fruits, des produits alimentaires et des légumes, bénéficient d’une réduction des délais, ce qui diminue la détérioration des produits et les pertes financières. 

Régime commercial simplifié (RCS) : il permet aux petites commerçantes de faire du commerce sans procédures douanières complexes ni frais importants pour les marchandises dont la valeur est inférieure à un certain seuil (2 000 dollars américains). 

Sécurité et dignité : les infrastructures adaptées au genre contribuent à protéger les femmes contre le harcèlement, garantissant ainsi des environnements commerciaux plus sûrs. 

Des étals réservés, des espaces de stockage sécurisés et des installations sanitaires propres améliorent les conditions de travail. 

Inclusion financière et formation professionnelle : des sessions de formation sur l’entreprenariat, le droit commerciale et la culture numérique permettent aux femmes de développer leurs activités. 

Certains programmes ont facilité l’accès aux services de microfinance transfrontaliers et aux services bancaires mobiles. 

Autonomisation économique : augmentation des revenus et de la stabilité des ménages dirigés par des femmes. Les femmes deviennent des contributrices clés à l’économie locale et des agents de l’intégration régionale. 

Mlle Masika Joweria Ahammed, membre et présidente de l’Association des femmes commerçantes transfrontalières au poste-frontière de Mpondwe, a déclaré lors d’un entretien avec notre journaliste que les infrastructures abritent également le bureau du groupe, où elles se réunissent chaque semaine pour discuter des questions relatives à leurs transactions commerciales, ce qui, selon elle, a permis de mieux organiser les femmes commerçantes que jamais auparavant. 

Elle a souligné qu’en tant que commerçantes, contrairement au passé, la création de ce qu’elle a décrit comme un marché moderne (Mpondwe) leur a apporté suffisamment de sécurité et d’espace pour leurs marchandises, leur évitant ainsi des pertes, car il existe 61 espaces clos où les commerçantes peuvent entreposer en toute sécurité leurs marchandises ou leurs produits, tels que des tomates, des vêtements, du poisson, du poulet et des jerrycans d’huile de palme, avant de les écouler. 

Masika, une mère de cinq enfants et marchande de vêtements, a raconté que son activité dans le commerce transfrontalier lui a permis de payer les frais de scolarité de ses enfants, dont deux ont déjà terminé leurs études universitaires et sont actuellement à la recherche d’un emploi. Elle a ajouté qu’au départ, le bureau de l’immigration à la frontière facturait aux marchands de vêtements 50 000 shillings ougandais (équivalent à 14 dollars américains) par semaine, une taxe qui, selon elle, a été supprimée depuis. Par ailleurs, elle a également précisé que cela avait rendu le passage de la frontière plus facile qu’auparavant.

Ecoutez son témoignage ci-dessous et regardez la vidéo 

 

Une autre commerçante, Nuriat Kabugho, originaire de la RDC et spécialisée dans le commerce de l’huile de palme, a apprécié les infrastructures du poste-frontière et a révélé qu’avant sa création, les commerçants qui effectuaient des transactions transfrontalières avaient l’habitude de rester à l’air libre, exposés au soleil brûlant ou à la pluie, une situation qui, selon elle, a désormais changé. « Autrefois, nous déposions nos marchandises à l’air libre, exposées au soleil, mais aujourd’hui, ils ont construit des abris pour nous et tout va bien. ». Mme Kabugho a souligné que cette mesure permet également d’assurer la sécurité de sa marchandise. 

Elle a ajouté que la sécurité de leurs marchandises en tant que commerçants a également été garantie grâce à l’amélioration des structures du poste-frontière. 

Le récit de Mme Sefina Kabugho, une commerçante de la ville de Beni en RDC, qui effectue des transactions sur le marché de Mpondwe-Lhubiriha, n’est pas différent de celle de ses collègues. Elle a déclaré que leur libre circulation vers les marchés ougandais avait été simplifiée, ce qui leur a permis d’améliorer leurs moyens de subsistance.  

Elle a déclaré que tant qu’une personne possède une carte d’identité nationale congolaise, elle peut entrer librement dans le pays (Ouganda) sans aucune interférence, ajoutant que la situation est la même pour les commerçants ougandais qui font des affaires en RDC. 

Mme Kabugho a également déclaré que le commerce transfrontalier lui a permis de répondre aux besoins fondamentaux de sa famille, notamment de payer les frais de scolarité de ses enfants. 

Un autre membre de l’Association des femmes commerçantes transfrontaliers, Mme Kipako Biira, qui vend du Mukene (poisson argenté), a salué l’initiative de construire cette structure à la frontière de Mpondwe, affirmant qu’ils fonctionnent actuellement bien, sans inconvénients, car ils disposent désormais d’entrepôts où ils peuvent stocker leurs marchandises. 

Par ailleurs, le lieutenant Maate Magwara, chef de la sécurité du district de Kasese en charge du comté de Bukonzo, a fait remarquer que les femmes sont actuellement plus impliquées dans les activités de commerce transfrontalier au poste-frontière de Mpondwe, car les moyens de subsistance ou les marchandises à petite échelle, en particulier le poisson, l’huile de palme, les oignons et les vêtements, concernent des femmes. 

Le lieutenant Magwara a noté également que le ministère de l’Immigration a mis la disposition de tout le monde, y compris les femmes, un document simple et gratuit pour passer les contrôles de sécurité, afin de faciliter le commerce transfrontalier. 

Afin de renforcer la sécurité des transactions commerciales transfrontalières, le chef de la sécurité a affirmé que son service collabore étroitement avec les autorités de la RDC dans le cadre des rencontres diplomatiques ponctuelles pour lutter contre toute forme d’insécurité qui pourrait survenir, notamment celle liée au groupe rebelle des Forces démocratiques alliées (ADF) qui menace l’Ouganda depuis sa base en RDC. 

Il convient également de relever que, M. Joel Kuka, directeur régional de l’Administration fiscale de l’Ouganda pour l’ouest, a récemment déclaré, lors d’une campagne de sensibilisation menée par l’Administration fiscale dans les zones frontalières de l’ouest de l’Ouganda, que certains citoyens continuent d’échapper au paiement des taxes et d’utiliser des itinéraires non autorisés pour faire passer des marchandises en contrebande à l’intérieur et à l’extérieur de l’Ouganda.  

Il a donc appelé tous les commerçants à suivre les procédures appropriées mises en place via les canaux frontaliers désignés, où ils peuvent bénéficier d’une aide efficace, plutôt que de les contourner. De même, il a déclaré que « toutes les taxes ne sont pas élevées, certaines taxes prélevées sont trop faibles, et que cet argent pourrait servir à développer l’économie et à fournir de meilleurs services, tels que l’éducation, les soins de santé et la sécurité ».

Panneau indiquant le poste de police du PFGU de Mutukula. Photo de courtoisie de Fahad Malik 

Au poste-frontière à guichet unique de Mutukula (entre l’Ouganda et la Tanzanie), outre la réduction des coûts et du temps, la combinaison PFGU-régime commercial simplifié a accru la formalisation des entreprises dirigées par des femmes. Davantage de femmes s’inscrivent désormais comme commerçantes, ont accès au microcrédit et forment des coopératives.

Écoutez le témoignage de M. Mweyunge, agent de douanes de Mutukula, en Tanzanie, en cliquant sur le lien ci-dessous. 

Dans le cadre de la mise en œuvre du régime commercial simplifié (RCS), le ministère a mis en place des bureaux d’information commerciale aux postes-frontières de Goli, Mpondwe, Busia, Malaba, Vurra, Madiopei, Lwakhakha et Bunagana, a recruté et formé des agents d’information commerciale, a créé des associations de commerçants transfrontaliers (CBTA) et a sensibilisé les commerçants transfrontaliers au RCS, dont 70 % sont des femmes, à chaque poste-frontière. À la fin de l’année 2020, les femmes représentaient 44,20 % des bénéficiaires directs (PFCGL). 

Graphique illustrant la différence entre les femmes et les hommes bénéficiaires des infrastructures transfrontalières 

Des organisations locales telles que l’Association des femmes commerçantes transfrontalières de l’Ouganda (UWCBTA) aident les femmes à comprendre les règles commerciales, à s’y retrouver dans les formalités douanières et à signaler les cas de corruption lorsqu’ils se produisent. 

Le succès de Mutukula reflète une tendance plus large en matière d’intégration régionale en Afrique de l’Est, qui fonctionne de la base vers le sommet. Le régime commercial simplifié (RCS) de la CAE et les investissements dans les infrastructures frontalières par le biais de programmes tels que la facilitation des échanges du Marché commun de l’Afrique orientale et australe prouvent que les politiques commerciales inclusives en matière de genre peuvent donner des résultats tangibles. 

Ces efforts s’inscrivent également dans les objectifs de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui vise à éliminer les obstacles au commerce intra-africain. 

Au-delà de la réduction des coûts et des délais, la combinaison de l’OSBP et du régime commercial simplifié a permis d’accroître la formalisation des entreprises dirigées par des femmes. Davantage de femmes s’enregistrent désormais comme commerçantes, accèdent au microcrédit et forment des coopératives. 

Des organisations locales telles que l’Association des femmes commerçantes transfrontalières de l’Ouganda (UWCBTA) aident les femmes à comprendre les règles commerciales, à s’y retrouver dans les formalités douanières et à signaler les cas de corruption lorsqu’ils se produisent. 

Des véhicules lourds transportant des marchandises attendent de passer la douane au PFGU de Mutukula. Photo de courtoisie de Fahad Malik 

Le succès de Mutukula reflète une tendance plus large en matière d’intégration régionale en Afrique de l’Est, qui fonctionne de la base vers le sommet. Le régime commercial simplifié (RCS) de la CAE et les investissements dans les infrastructures frontalières par le biais de programmes tels que la facilitation des échanges du Marché commun de l’Afrique orientale et australe prouvent que les politiques commerciales inclusives en matière de genre peuvent donner des résultats tangibles. 

Des défis persistent des deux côtés de la frontière 

À Mutukula, entre l’Ouganda et la Tanzanie, les femmes sont toujours confrontées au défi de ne pas savoir lire, écrire et comprendre l’anglais, une langue principalement utilisée pour l’étiquetage et dans la documentation utilisée lors des échanges commerciaux au poste-frontière. La langue kiswahili est toujours apprise, mais à un rythme lent, et nécessite une sensibilisation et une formation continues des jeunes femmes et des jeunes commerçants. Avec cette lacune, les commerçantes pourraient être victimes de fraudes lors de l’échange d’argent ou à la frontière. À Mpondwe, entre l’Ouganda et la RDC, malgré les progrès réalisés en matière de protocoles et de politiques de libre circulation, certaines femmes, certains hommes et certains jeunes commerçants ne sont pas informés et n’utilisent pas les canaux officiels pour passer dans l’un ou l’autre des pays afin de faire du commerce.  

En outre, l’on note un manque d’informations et de connaissances chez certaines femmes commerçantes, en particulier celles qui se lancent dans le commerce transfrontalier.  

Il y a aussi le problème du harcèlement par les agents de sécurité, surtout quand il s’agit de fraude fiscale et d’utilisation de canaux illégaux. Sans oublier le risque de se faire attaquer par des voleurs pendant le trajet à travers les frontières et de tomber sur des brigands, en particulier du côté de la RDC où l’insécurité est récurrente. Ces facteurs plongent les commerçants transfrontaliers, en particulier les femmes, dans un état de peur qui les empêche d’exercer leur activité. 

Cependant, à ce stade, des mesures sont mises en place pour relever ces défis, notamment : 

  • la nomination d’une agente de sécurité chargée de traiter les questions spécifiques aux femmes, plutôt que de confier cette tâche à des hommes qui ne sont pas en mesure de gérer certaines questions privées concernant les femmes. Cette mesure permettra d’accélérer le traitement des plaintes déposées par les femmes. 
  • le renforcement du réseau de renseignements transfrontalier afin de coordonner les actions des pays frontaliers, l’Ouganda et la Tanzanie, mais aussi l’Ouganda et la République démocratique du Congo, afin de prendre des mesures aussi rapidement que possible pour apaiser les craintes et prévenir toute éventualité. 
  • une sensibilisation accrue à l’utilisation des itinéraires transfrontaliers officiels est menée en continu afin de garantir que personne ne prenne le risque d’emprunter des itinéraires non officiels. 
  • En ce qui concerne la barrière linguistique, de nombreux commerçants transfrontaliers, en particulier les femmes, acquièrent des compétences en communication et sont encouragés à apprendre la langue (le kiswahili) principalement utilisée en Tanzanie et en République démocratique du Congo. 

Conclusion : L’amélioration des postes-frontières tels que Mpondwe et Mutukula pour en faire des postes-frontières à guichet unique (PFGU) a non seulement renforcé l’efficacité commerciale, la circulation et la sécurité des commerçants transfrontaliers, en particulier des femmes, mais a également favorisé la libre circulation des personnes et des marchandises dans toute la région. Ces installations frontalières modernisées sont des exemples concrets de la manière dont les cadres d’intégration régionale tels que le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA), la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) et la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) renforcent l’inclusivité et l’interconnectivité. Pour pérenniser ces progrès, il faudra continuer à investir dans les infrastructures, la sensibilisation et les politiques commerciales sensibles au genre qui placent les femmes au cœur du programme d’intégration de l’Afrique. 

Read the English version here

CLAUSE DE NON RESPONSABILITÉ : « Ce contenu a été produit dans le cadre du projet Move Africa, commandé par la Commission de l’Union africaine et soutenu par la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH. Les points de vue et les opinions exprimés sont ceux des auteurs uniquement et ne reflètent pas nécessairement ceux de la GIZ ou de l’Union africaine. »