Inside AWiM25 at the African Union: Scheherazade Safla on Gender,
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Par Viola Kosome
Translated by Ngo Fidele Juliette

Un groupe de femmes ougandaises collectent du riz dans l’aire de séchage du système d’irrigation de West Kano. La facilité de circulation des biens et des personnes a permis à la riziculture de prospérer dans la région/Viola Kosome
Alice Auma Obora, mère de trois enfants, pousse un soupir de soulagement tandis que dix hommes costauds chargent 45 sacs de riz paddy sur un tracteur muni d’une remorque après un exercice de récolte épuisant dans le système d’irrigation de West Kano.
Assise sur un sac de paddy, en bordure de ses deux acres de riz, elle sort un mouchoir et essuie les lignes de sueur qui cascadent sur son visage. « Le voyage a été long. Je peux maintenant me reposer et profiter des fruits de mon travail », dit-elle, arborant un large sourire.
À quelques mètres de l’endroit où elle est assise, un groupe de femmes est occupé à converser dans la langue locale Luo, tandis que l’une d’entre elles lance une plaisanterie en Acholi.
Auma les salue et sourit avant de reporter son attention sur les hommes toujours occupés à ranger les sacs de riz pour les transporter jusqu’au dépôt de la National Irrigation Authority, où le paddy récolté est séché avant d’être moulu.
Par le passé, de telles saisons de récolte étaient synonymes de malheur pour elle et inauguraient une autre forme de stress : l’accès aux marchés et aux clients. Elle avait du mal à vendre sa production, un problème qui touchait la région jusqu’à il y a trois ans.
Mais ce n’est plus le cas pour Auma et des centaines d’autres agriculteurs qui travaillent sur le site et sur le site d’irrigation d’Ahero, situé à plusieurs kilomètres de là.
Alice Auma, rizicultrice dans la ceinture de Nyando, raconte comment la migration a relancé la production de riz. Elle fait partie des nombreux agriculteurs qui dépendent des négociants ougandais pour accéder au marché du riz paddy/Viola Kosome.
Une migration dynamique et un commerce transfrontalier impliquant des ressortissants ougandais qui ont fait des riches plaines agricoles de Kano leur maison loin de chez eux, ont transformé l’accès aux marchés pour ces femmes.
Encouragés par la facilité de circulation transfrontalière des personnes promulguée par le gouvernement kenyan, les ressortissants ougandais qui ont migré dans la région achètent du riz non transformé en vrac aux agriculteurs et l’exportent vers l’Ouganda.
Contrairement au passé où il fallait un passeport ou un laissez-passer temporaire pour se rendre en Ouganda ou pour en revenir, aujourd’hui, il suffit d’une carte d’identité nationale pour traverser la frontière.
Les femmes attribuent cette facilité de circulation à la dynamique de la chaîne de valeur du riz qui redonne vie aux exploitations rizicoles de la ceinture rizicole de Nyando
« Ils nous ont offert une bouée de sauvetage. Nous ne nous battons plus pour trouver des marchés. Ils nous aident à accéder aux marchés ougandais en achetant nos produits », explique-t-elle.
Leur influence est telle que certains d’entre eux se sont intégrés à la communauté et parlent les langues luo et swahili à la perfection.
Selon elle, elle compte sur les femmes migrantes d’Ouganda pour acheter ses produits, ce qui l’a aidée à trouver facilement de nouveaux marchés dans le pays voisin.
« J’ai commencé à cultiver du riz en 1992. Cela a été un véritable parcours du combattant. Cependant, les commerçantes ougandaises qui font maintenant partie de notre équipe nous aident à trouver et à ouvrir de nouveaux marchés », explique-t-elle.
Dans le passé, dit-elle, elles dépendaient de courtiers qui les mettaient en contact avec les négociants ougandais. Cependant, avec le temps, elles ont réussi à créer leurs propres liens avec les marchés au fur et à mesure que l’intégration prenait racine.
« Nous sommes vraiment impressionnés par l’arrivée des commerçants ougandais. Ils constituent le premier marché pour nos produits », explique-t-elle.
Georgina Kizza, une migrante ougandaise qui dit être impliquée dans la chaîne de valeur du riz depuis 2015, s’estime heureuse de contribuer à l’économie et d’améliorer l’accès à la nutrition grâce à la culture du riz.
Elle fait partie des femmes qui espèrent tirer parti des efforts déployés par le Kenya pour intégrer son réseau économique à la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
La ZLECAf est une initiative de l’Agenda 2063 de l’Union africaine qui devrait être un moteur essentiel de la transformation structurelle et de l’industrialisation de l’Afrique à l’échelle continentale. Le Kenya fait partie des pays qui ont ratifié la politique et encouragent sa mise en œuvre, car elle vise à créer un marché unique pour les biens et les services, facilité par la circulation des personnes.
Lorsque nous l’avons rencontrée dans sa ferme de Nyamware, à West Kano, elle inspectait ses cultures, dont la récolte était presque terminée.

Un groupe d’hommes transporte des sacs de riz paddy récolté dans le système d’irrigation de West Kano. Le riz est ensuite vendu par des commerçants ougandais/Viola Kosome
Pour une personne visitant la région pour la première fois, il est impossible de dire qu’elle n’est pas originaire de la région. Elle parle couramment la langue locale malgré ses racines ougandaises et s’est bien intégrée.
« Le Kenya est ma maison. Je suis heureuse d’avoir pu m’aventurer dans l’agro-industrie et de contribuer à la production de variétés de riz nutritives », explique-t-elle.
Au départ, elle achetait le riz paddy auprès de courtiers qui l’avaient préalablement acheté auprès des agriculteurs. Elle exportait ensuite le riz à Kampala pour l’usiner et le revendre à ses clients en Ouganda.
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Aujourd’hui, cependant, son mode de fonctionnement a changé. Elle fait désormais partie intégrante de la communauté et est la coqueluche des autres agriculteurs.
Si elle exporte toujours une partie de sa production, une grande partie est consommée localement. Elle explique qu’après avoir moulu le riz, elle en vend une partie au centre commercial d’Ahero.
Lors de la dernière campagne de semis, en décembre, elle a loué trois acres de terre et les a utilisés pour planter la variété de riz pishori.
« Je travaille avec plusieurs femmes qui m’aident à produire du riz. J’emploie également trois travailleurs occasionnels qui m’aident à chasser les oiseaux lorsque le moment de la récolte approche », explique-t-elle.
Les travailleurs occasionnels sont payés 6 000 shillings (47 USD) par mois. En outre, elle estime qu’elle contribue de manière significative à l’économie en améliorant la sécurité alimentaire.

Des sacs de riz paddy dans une aire de séchage du système d’irrigation d’Ahero. La production de riz est florissante grâce au commerce transfrontalier facilité par la libre circulation des biens et des personnes/Viola Kosome
Au marché d’Ahero, nous rencontrons Joan Neza (surnom), une ressortissante ougandaise qui s’est installée dans cette ville agricole animée dont l’économie repose en grande partie sur la production de riz.
Lorsqu’elle est arrivée dans le pays, elle espérait vendre des vêtements d’occasion.
Mais le destin a voulu qu’elle rencontre une personne qui l’a initiée à la production de riz à Ahero.
« J’ai commencé par vendre du riz à la sauvette avec les femmes d’Ahero. J’ai fait cela pendant près de six mois avant de commencer à acheter du riz paddy auprès des agriculteurs », explique-t-elle.
Cette femme, qui vit dans une maison de location, explique qu’elle a créé des liens avec d’autres commerçants et qu’elle aide les agriculteurs à accéder aux marchés dans d’autres parties de la région.
« J’ai des partenaires commerciaux dans la région qui achètent du riz paddy en vrac et en camion. Je les ai aidés à faire venir leurs produits des exploitations agricoles », explique Neza.
À en croire une partie des habitants, la migration contribue de manière significative à la croissance de la ceinture rizicole de Nyando, où se trouvent les systèmes d’irrigation de West Kano et d’Ahero.
Résumé de l’impact de la migration sur la riziculture à Nyando/Viola Kosome
Joseph Ochieng, un agriculteur, explique que certains migrants aident également les riziculteurs en leur fournissant des intrants agricoles pour les aider dans le cycle de production.
« Certains d’entre eux investissent indirectement dans les exploitations en fournissant aux agriculteurs des engrais et en préparant les terres. Après les récoltes, ils partagent les revenus avec les agriculteurs locaux », explique-t-il.
Cela a permis d’accroître la superficie consacrée à la production de riz, qui n’a cessé d’augmenter au cours des deux dernières années.
Par exemple, les statistiques du gouvernement du comté indiquent que les deux programmes de riziculture ont permis d’augmenter la production de riz de près de 8 000 acres.
L’augmentation de la production a également été stimulée par le passage d’une meilleure récolte à un marché fiable, grâce à une nouvelle technologie appelée système d’intensification de la riziculture (SRI), ainsi qu’à l’intégration régionale.
Le système, emprunté au Mwea Irrigation Scheme, implique une utilisation intensive de l’eau, où les agriculteurs ont un accès égal à cette denrée limitée pendant un certain nombre de jours, puis ils la donnent à d’autres agriculteurs, et le cycle continue.
Ces perspectives prometteuses dépeignent une situation idyllique où la production de riz est apparemment attrayante et où les agriculteurs qui travaillent dans les rizières se font du beurre dans une activité apparemment ingrate.

Kennedy Ouma, directeur de la National Irrigation Authority (NIA) branche des systèmes de l’ouest du Kenya, explique comment les femmes ont amélioré la culture du riz dans les systèmes d’irrigation d’Ahero et de West Kano/Viola Kosome.
Selon Kennedy Ouma, directeur de la branche du Kenya occidental de la National Irrigation Authority (NIA), la production intensive de riz dans les deux systèmes change la donne, en particulier pour les femmes.
Il a noté que certains des migrants ont encouragé davantage de femmes à s’engager dans la riziculture.
Par exemple, à la fin du mois de mars, le nombre de femmes qui gèrent directement les exploitations à Ahero et à West Kano est passé de 30 % il y a quatre ans à 45 %.
« L’autonomisation des femmes prend de plus en plus racine dans la ceinture rizicole. Le nombre croissant de femmes impliquées dans la production de riz témoigne du rôle que jouent les femmes dans l’amélioration de la production alimentaire », a déclaré Ouma.
Il note que les Ougandais contribuent également aux activités de production en soutenant les agricultrices avec des intrants
« Un groupe de femmes ougandaises soutient également nos agricultrices en leur fournissant des intrants. Nous constatons également que les immigrants sont très utiles pour aider les agricultrices en leur fournissant des intrants et des avances pour soutenir certaines de leurs activités », a-t-il déclaré, ajoutant que la production a augmenté dans le West Kano, passant de 2 tonnes par hectare à environ 2,8 tonnes par hectare.
Il a indiqué que le gouvernement poursuivait des initiatives visant à inciter les femmes à rejoindre des sociétés coopératives pour obtenir de meilleurs prix.
« Je veux encourager nos femmes à jouer un rôle de premier plan pour obtenir de meilleurs moyens de subsistance et je veux aussi dire à nos hommes de donner aux femmes cette opportunité, d’autant plus que les exploitations gérées par des femmes obtiennent de meilleurs résultats que celles gérées par des hommes ; les femmes jouent donc un rôle important dans la production de riz dans cette région et elles ont besoin d’être soutenues, même financièrement », a-t-il déclaré.
Selon l’Institut international de recherche sur le riz, la consommation annuelle de riz au Kenya est en augmentation de plus de 12 %. L’institut prévoit qu’avec un taux de croissance de 2,7 % par an, les besoins nationaux annuels estimés pourraient atteindre 1 290 000 tonnes d’ici à 2030.
Dans le cadre d’un effort visant à encourager la production de riz dans la région, le gouvernement a récemment installé une nouvelle rizerie à Kibos pour servir les riziculteurs de la région.
La nouvelle rizerie, gérée par la Lake Basin Development Authority, a une capacité de traitement de 4 000 tonnes par heure.
L’usine devrait promouvoir la culture du riz sur plus de 6 000 acres dans les régions de Chiga, East Kano et West Kano, et soutenir plus de 10 000 ménages. Elle devrait également améliorer la participation des femmes à la production de riz.
Grâce aux investissements mis en place et à la libre circulation des biens et des personnes entre le Kenya et l’Ouganda, la contribution des femmes ougandaises à la chaîne de valeur du riz ne peut que s’améliorer.
En outre, les États partenaires de la Communauté de l’Afrique de l’Est mènent également des politiques visant à développer le commerce transfrontalier, ce qui a pour effet de dynamiser l’économie régionale et de renforcer l’intégration.
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