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Rédigé par Angeline Ochieng
Translated by Ngo Fidele Juliette

Le gouverneur de Kisumu, Peter Anyang’ Ny’ong’o (en costume), et M. Godfrey Emoja, directeur général de Talent Industry Limited (à l’extrême gauche), aux côtés d’autres participants lors de la bataille de Poetic Hour Battle 2024 à Kisumu, au Kenya. Crédit photo : Courtesy.
« L’art m’a choisie, et dans l’art je me suis trouvée », déclare la poétesse ougandaise Destiny Gladys en se remémorant son parcours poétique.
Tout a commencé pendant ses examens de fin d’études secondaires, lorsqu’elle a participé à un concours scolaire. Insatisfaite de la performance de son équipe, elle a décidé de prendre la poésie plus au sérieux et s’est rapidement mise à composer des vers percutants qui ont conquis chaque scène sur laquelle elle s’est produite. Gagner est devenu une routine.
En 2019, elle a rejoint Echo Minds Poetry, une maison de poésie entièrement composée de femmes en Ouganda. C’est en ce lieu qu’elle a appris l’existence d’un événement régional qui allait changer sa vie : la East Africa Poetic Hour Battle, un concours réunissant des créateurs de l’Ouganda, du Kenya, de la Tanzanie, du Soudan du Sud et du Rwanda.
« L’idée de monter sur une scène mondiale pour faire ce que j’aime était passionnante », dit-elle.
Lorsque Destiny a reçu une invitation pour l’édition 2022 à Kisumu, au Kenya, il s’agissait non seulement de sa première performance internationale, mais aussi de son premier voyage hors de l’Ouganda.
Godfrey Emoja, directeur général de Talent Industry Limited. Crédit photo : Angeline Ochieng
Selon Godfrey Emoja, directeur général de Talent Industry Limited, la East Africa Poetic Hour Battle a connu des débuts modestes.
« Le premier rassemblement n’a duré qu’une heure sous un manguier », se souvient-il.
Son objectif : offrir aux artistes un espace pour s’exprimer à travers la poésie et la musique. Très vite, la communauté s’est agrandie. L’événement s’est prolongé jusqu’à deux heures, puis a attiré des créateurs venus d’Ouganda, avant de s’étendre à l’ensemble de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE).
L’événement, qui en est à sa huitième édition, a accueilli plus de 160 participants du Kenya, de l’Ouganda, de la Tanzanie, du Sud-Soudan et de la République démocratique du Congo. Chaque année, plus de 100 artistes postulent, mais seuls 20 d’entre eux sont sélectionnés pour se produire.

Source : Base de données de la East Africa Poetic Hour Battle. Crédits : Angeline Ochieng.
« Cela ne serait pas possible sans la politique de libre circulation mise en place par la CAE », explique M. Emoja.
Vidéo montée par M. Godfrey Emoja et Felicity Mudis
Le Dr Ali-Said Matano, ancien secrétaire exécutif de la Commission du bassin du lac Victoria et aujourd’hui conseiller principal en économie bleue et développement des rives du lac à Kisumu, souligne que cette libre circulation repose sur le protocole signé en 2010 et entré en vigueur en 2011.
Cette politique permet aux citoyens des États membres de la CAE (Burundi, RDC, Kenya, Rwanda, Soudan du Sud, Somalie, Tanzanie et Ouganda) de voyager, travailler et résider dans les pays partenaires sans visa ni permis de travail.
« On peut littéralement prendre son petit-déjeuner au Kenya, déjeuner à Kampala, dîner à Kigali et revenir passer la nuit à Nairobi », explique-t-il.
Cette facilité de circulation, insiste M. Matano, a été conçue pour stimuler le commerce, la mobilité de la main-d’œuvre, les échanges culturels et l’intégration régionale. Par ailleurs, les postes-frontières à guichet unique et l’acceptation des cartes d’identité nationales réduisent les formalités administratives.
Destiny Gladys témoigne de cet avantage. « Nous n’avons pas eu besoin d’obtenir de visa pour nous rendre au Kenya. Cela a fait toute la différence ».
Destiny Gladys lors de la précédente édition de l’East Africa Poetic Hour Battle. Photo utilisée avec permission.
Bien que le voyage ait été plus facile, l’expérience de Destiny lors du concours de 2022 n’a pas été sans difficultés. Les poètes kényans sont arrivés avec des costumes à thème et des numéros bien rodés. Destiny a dû improviser, en utilisant les vêtements dont elle disposait pour ajouter du style à sa prestation.
Elle a néanmoins décroché la troisième place, repartant avec un trophée, un smartphone et le sentiment d’avoir un objectif à atteindre.
« De retour à Kampala, j’ai fondé Hatma Creative afin de former davantage de femmes poètes à revendiquer leur place », explique-t-elle.
Depuis lors, son réseau s’est élargi. En collaboration avec d’autres artistes, elle a coorganisé un concours ougandais baptisé « Africa the Chain Breaker » (l’Afrique qui brise les chaînes) afin de démystifier les stéréotypes néfastes. Ce concours a réuni des poètes du Kenya, du Soudan du Sud, de la RDC et même des États-Unis.
« Nous avons commencé à réfléchir à l’ouverture des frontières pour le partage des compétences en Afrique de l’Est », dit-elle.

Mme Destiny Gladys, une artiste ougandaise, s’est produite lors d’un événement passé. Photo utilisée avec permission.
L’année suivante, Destiny et ses pairs ont été invités par l’unité ougandaise de protection des animaux à se produire lors d’un événement de sensibilisation. D’autres rencontres ont suivi, notamment un événement de la Saint-Valentin baptisé « Mapenzi Beyond Borders » (« L’amour au-delà des frontières » en swahili), organisé à Kampala avec des poètes du Kenya et du Soudan du Sud.
D’ailleurs, le Soudan du Sud a conclu un accord d’exemption de visa avec l’Ouganda. Cet accord nous a permis de nous consacrer à la poésie sans contrainte », évoque-t-il.
Pourtant, des difficultés persistent. « Nous n’avons pas encore reçu de participants de pays qui exigent encore des visas pour entrer au Kenya », déclare M. Emoja. « Espérons que les frontières continueront à s’ouvrir pour permettre une plus grande inclusion ».
Participants à l’East African Poetic Hour Battle lors d’un atelier en août 2024. Photo utilisée avec permission.
Le Dr Matano reconnaît que si le Kenya, l’Ouganda et le Rwanda ont pleinement mis en œuvre la politique de libre circulation, la Tanzanie et le Burundi font des progrès, tandis que d’autres pays comme la Somalie et la RDC sont encore en train de l’internaliser.
Des défis subsistent : incohérence des politiques nationales, problèmes de sécurité, obstacles administratifs et, parfois, volonté politique limitée.
Pourtant, l’impact est évident : augmentation des interactions transfrontalières, de la coopération culturelle et de la mobilité. Des événements tels que la Poetic Hour Battle sont la preuve tangible de l’efficacité de ces politiques.
Vidéo montée par Felicity Mudis
Felicity Mudis, une poète kényane originaire de Kisumu, a découvert sa voix en 2021 lorsqu’elle a été invitée à se produire lors de l’édition mensuelle de la Poetic Hour.
« Au départ, la poésie n’était qu’un passe-temps », indique-t-elle. « Mais ma première performance en public a tout changé. ».
L’année suivante, elle a été sélectionnée pour le concours régional et, bien qu’elle ait terminé quatrième, cet événement a marqué un tournant dans sa vie.
« J’ai réalisé que je pouvais en faire ma carrière », explique Felicity.
Au cours des ateliers organisés en marge de l’événement, les artistes ont pu s’initier à l’entrepreneuriat créatif, à la stratégie de marque, au réseautage et à la création d’entreprises artistiques durables.
Felicity a ensuite fondé la Mudis House of Art and Fashion, où elle associe poésie et mode pour lutter contre les injustices liées au genre.
Vidéo montée par Felicity Mudis
« Chaque année en octobre, j’organise un spectacle de poésie intitulé Sister Darling », explique Felicity. « Nous en sommes maintenant à la quatrième édition. »
Cet événement promeut la voix des femmes dans la poésie et aborde des thèmes tels que le changement climatique, la santé sexuelle et reproductive, la santé mentale et le panafricanisme.
Grâce aux contacts noués lors de l’East Africa Poetic Hour, Felicity a été invitée à se produire à plusieurs reprises en Ouganda.
« Parfois, votre talent a besoin que quelqu’un vous recommande. Ces contacts au niveau régional ont changé mon parcours », déclare-t-elle.
Pourtant, l’écart entre les hommes et les femmes reste un problème.
« De nombreuses femmes abandonnent les arts après le mariage ou la maternité », relève M. Emoja.
Felicity partage cet avis. « La poésie a longtemps été dominée par les hommes. Mais qui mieux que les femmes elles-mêmes peuvent raconter leur histoire ? »
Felicity Mudis lors d’une édition précédente de l’East Africa Poetic Hour Battle. Photo utilisée avec permission.
Aujourd’hui, Destiny s’est produite dans deux autres festivals internationaux, dont le Festival international des arts et de la culture de Bagamoyo en Tanzanie, où elle a remporté les plus grands honneurs.
Elle siège désormais au Conseil consultatif du programme Artists Change du Fonds mondial pour les femmes.
« Des révisions et des initiatives en matière de politique régionale sont actuellement en cours afin d’encourager l’adoption complète du protocole sur la libre circulation », déclare M. Matano.
Il estime que l’économie créative est une force qui lie l’innovation, l’identité et le développement économique.
« Lorsque nous abolissons les frontières, nous ouvrons la voie à un écosystème commun, où les histoires voyagent, les artistes se rencontrent et les opportunités se multiplient. »
CLAUSE DE NON-RESPONSABILITÉ : Ce contenu a été produit dans le cadre du projet Move Africa, commandé par la Commission de l’Union africaine et soutenu par la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH. Les points de vue et les opinions exprimés sont ceux des auteurs uniquement et ne reflètent pas nécessairement ceux de la GIZ ou de l’Union africaine.
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Copyright 2020. African Women In Media
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