By Pretty Chavango

Circulation De L’or, Économies En Mouvement : La Montée En Puissance Des Femmes Migrantes Dans Le Secteur Minier Du Zimbabwe

 Rédigé par Pretty Chavango 

Translated by Ngo Fidele Juliette

 

Les mains de Faith sont calleuses, ses ongles sont tachés de terre et de minerai. Mais lorsqu’elle sourit, il y a quelque chose de doré dans son sourire, quelque chose de mérité. Chaque cicatrice sur ses doigts raconte une histoire : pas seulement celle de creuser pour survivre, mais aussi celle d’apprendre, de s’adapter et de s’élever. 

Il y a quelques années, elle a quitté le Mozambique pour entrer au Zimbabwe, avec pour seuls bagages son plus jeune enfant, un petit sac à dos et l’espoir d’une vie meilleure. Aujourd’hui, elle fait partie d’un réseau croissant de femmes migrantes qui façonnent l’économie minière du pays. 

 

 

 

Une infographie illustrant les schémas migratoires du pays d’origine à la région d’installation. 

  

Les femmes : architectes économiques 

Dans les champs aurifères artisanaux du Zimbabwe, les histoires comme celle de Faith ne sont plus rares. Les femmes, autrefois invisibles dans le secteur minier, occupent désormais une place centrale dans une industrie longtemps dominée par les hommes. Et il ne s’agit pas seulement de femmes locales, nombre d’entre elles ont traversé les frontières. 

Dans les couloirs miniers très actifs du Zimbabwe, de Penhalonga à Mazowe, une révolution silencieuse est en train de remodeler le paysage. Elle n’est pas menée par des bulldozers ou des entreprises, mais par des femmes qui, armées de leurs outils, dotées d’un sens aigu des affaires et animées par un esprit communautaire, construisent des économies, des réseaux et des avenirs. 

Ces femmes ne sont pas des participantes passives dans un secteur difficile. Elles sont les pionnières d’une transformation régionale, reliant les communautés, créant des marchés et s’alignant naturellement sur la vision d’une Afrique prospère et sans frontières. 

 

Les femmes du Zimbabwe, du Mozambique, du Malawi et de la Zambie effectuent des déplacements stratégiques vers les centres miniers, non pas par désespoir, mais par ambition. Qu’elles voyagent à l’intérieur de leur pays ou à l’étranger, elles arrivent avec la volonté de travailler, de l’habileté pour le commerce et un fort sentiment d’appartenance à la communauté. 

 

Une image montrant des femmes mineures en action 

 

L’exploitation minière comme tremplin, et non comme destination 

Les femmes migrantes jouent leur rôle dans le secteur de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (au Zimbabwe). Elles sont à la fois mineurs, négociants, dirigeants de coopératives, défenseurs de la sécurité et entrepreneurs de la chaîne de valeur. Avec chaque gramme d’or qu’elles produisent ou commercialisent, c’est un investissement dans leur famille, leur communauté et l’économie régionale. 

 

Nombre de ces femmes sont des commerçantes, des agricultrices et des entrepreneuses informelles pétries d’expérience. Lorsque les pressions économiques ou les changements climatiques affectent leur région d’origine, elles considèrent les centres miniers tels que Mazowe ou Bikita comme des opportunités, non seulement de gagner de l’argent, mais aussi de se développer. 

 

« L’exploitation minière m’a offert le capital dont j’avais besoin pour développer mon entreprise. », explique Miriam, une mineuse originaire du Mozambique. « Je suis venue pour creuser, mais je suis restée pour construire ». 

 

Plutôt que de se limiter uniquement à l’exploitation minière, les femmes utilisent l’exploitation minière comme un tremplin vers d’autres activités : l’aviculture, le commerce de détail, la construction et le commerce transfrontalier. Il s’agit d’une stratégie délibérée, et non d’un dernier recours. 

 

L’exploitation minière en chiffres : un secteur façonné par les femmes 

Le secteur de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (EMAPE) au Zimbabwe emploie environ 535 000 personnes. Selon la Zimbabwe Environmental Law Association (Association zimbabwéenne du droit de l’environnement), les femmes représentent entre 10 et 15 % de la main-d’œuvre à l’échelle nationale. Dans certains districts comme Mazowe ou Penhalonga, elles représentent près de la moitié de la main-d’œuvre. Bien que les données officielles ne tiennent pas toujours compte des migrations, les observations sur le terrain montrent que les femmes migrantes constituent un pilier essentiel de l’économie des sites miniers, en particulier dans les zones aurifères très fréquentées. 

Photo de Chiedza Chipangura

Cet impact est particulièrement visible à la mine Jumbo, à Mazowe. Autrefois un champ aurifère conventionnel, le site s’est transformé en une mini plaque tournante commerciale, en grande partie grâce au travail et à la vision des femmes. 

 Image montrant des femmes mineures à Mazowe au travail 

 

Les femmes mineures et commerçantes migrants des pays voisins ont bâti une économie locale prospère et autonome. Elles ont attiré des tailleurs, des vendeurs ambulants d’aliments, des agents de transfert d’argent mobile et des fournisseurs d’outils, dont la plupart sont également des femmes. Ces liens économiques ressemblent fortement aux objectifs de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) : libre circulation des biens, des services et des personnes, impulsée par la base. 

 

« Nous avons créé une ville autour de la mine », explique Chimwala, un commerçant transfrontalier malawite. « Et ce sont les femmes qui la font fonctionner. » 

 

De la politique à la pratique : les femmes à la tête de l’intégration 

 

Alors que de nombreux gouvernements nationaux sont encore en train de mettre en œuvre des cadres continentaux tels que la ZLECAf et le protocole de l’UA sur la libre circulation des personnes, ces femmes les mettent déjà en pratique. 

 

Le protocole sur la libre circulation encourage une mobilité sûre et légale des travailleurs et des entrepreneurs. La stratégie de l’UA en matière de migration de la main-d’œuvre promeut la dignité, le développement des compétences et l’inclusion des migrants. Les femmes migrantes qui travaillent dans les champs miniers du Zimbabwe incarnent tout cela. Elles n’attendent pas la mise en place de plateformes officielles et construisent des corridors commerciaux à chaque échange, créant des emplois, transférant des compétences et générant des revenus. 

 

Infographie détaillant les routes migratoires vers le Zimbabwe

 

La coopération plutôt que la compétition : les systèmes autorégulés mis en place par les femmes 

Avec peu de soutien extérieur, les femmes migrantes ont développé des modèles coopératifs qui permettent de gérer les risques, de partager les ressources et d’améliorer la sécurité. Il ne s’agit pas de groupes dépendants de l’aide humanitaire, mais d’équipes autorégulées, tournées vers l’investissement, qui financent des outils, la garde d’enfants, les transports et même la défense de la communauté. 

 Un groupe de femmes qui ont émigré d’Afrique du Sud et se sont installées à Bikita, dans la province de Masvingo, ont créé une entreprise minière viable et contribuent désormais à de grandes plateformes telles que l’Alternative Mining Indaba au niveau régional. 

Certaines coopératives ont lancé des programmes d’épargne financière ; d’autres organisent des sessions de formation sur la manipulation du mercure, la négociation des prix et même la comptabilité de base. Les femmes s’engagent également dans le mentorat entre pairs, aidant les nouvelles arrivantes à se familiariser rapidement avec les techniques minières et à s’orienter vers les autorités locales. 

 

Au-delà de l’or : investir dans les générations futures 

Les avantages ne se limitent pas aux femmes elles-mêmes. Nombre d’entre elles investissent leurs revenus dans l’éducation et  l’acquisition de biens pour leurs enfants. Dans les camps où travaillent les femmes, des écoles et des cliniques ont commencé à voir le jour, certaines financées par les revenus de l’exploitation minière. 

 

«Autrefois, je vendais des tomates à un poste-frontière », explique Rose Phiri, une ancienne commerçante devenue mineure. “Aujourd’hui, ma fille est à l’université. C’est le pouvoir d’un peu d’or et de beaucoup de détermination. 

 

Plusieurs coopératives soutiennent désormais des groupes d’études après l’école et des comptes d’épargne pour les jeunes, semant ainsi les graines d’une mobilité économique générationnelle. 

Les femmes mineures ouvrent également la voie à la participation des jeunes générations de manière plus sûre et plus intelligente. Les jeunes femmes et les jeunes filles, qui voient souvent leurs mères diriger des coopératives, apprennent non seulement la valeur du travail acharné, mais aussi comment diriger une entreprise, gérer l’argent et prendre des décisions stratégiques. 

Certains projets axés sur les jeunes à Penhalonga et à Gwanda comprennent désormais des programmes de mentorat pour les filles de mineures, qui les orientent vers des carrières dans les STIM, le journalisme et l’éducation financière. Ces investissements façonnent une génération autonome et entreprenante. 

 

Renforcement des systèmes : qui apporte son soutien ? 

Des changements positifs se produisent à plusieurs niveaux. La Zimbabwe Women’s Microfinance Bank accorde désormais des prêts aux femmes travaillant dans l’industrie extractive, y compris aux migrantes. La Zimbabwe School of Mines (l’école des mines du Zimbabwe) a mis en place une formation de proximité pour les travailleurs informels et transfrontaliers. 

Les ONG et les partenaires du développement lancent des kits à outils pour une exploitation minière sûre et des centres de ressources intelligents en matière de genre. Des projets pilotes menés par l’OIM et l’ONU Femmes explorent la possibilité de créer des cartes d’identité régionales pour les mineurs et des cliniques d’aide juridique. 

Ces initiatives s’inscrivent parfaitement dans les politiques de l’UA en matière de migration et de commerce. Il est désormais nécessaire de renforcer l’intégration et le financement pour passer à l’échelle supérieure. 

 

 

Mise à jour des politiques : apprendre sur le terrain 

Si les femmes migrantes travaillant dans les mines sont toujours confrontées à des obstacles tels que des lacunes dans leurs documents, une ambiguïté juridique et des problèmes de sécurité, elles ne se laissent pas définir par ces difficultés. Elles apportent déjà des réponses. Chaque défi est relevé avec innovation. Ces femmes n’attendent pas les réformes, elles les mènent. 

Pour tirer pleinement parti de ce mouvement, les décideurs politiques doivent changer d’approche et reconnaître les acteurs informels comme des participants économiques légitimes. 

Le député de Shamva South, l’honorable Joseph Mapiki, qui est également membre de la commission parlementaire chargée des mines, estime qu’il est impératif que les décideurs politiques adoptent des lois qui favorisent la présence des femmes dans le secteur minier et facilitent l’accès à la formalisation de leur travail. 

 

Prochaines étapes : formalisation et mobilité 

Afin de renforcer la position des femmes migrantes dans le secteur minier du Zimbabwe et d’aligner les efforts nationaux sur les cadres de l’Union africaine, plusieurs mesures politiques tournées vers l’avenir pourraient être adoptées, notamment la transposition du Protocole de l’UA sur la libre circulation des personnes, garantissant que les travailleurs migrants, en particulier les femmes travaillant dans le secteur informel, puissent vivre et travailler légalement au-delà des frontières avec des documents officiels. Cette mesure permettrait de réduire la vulnérabilité et de soutenir l’intégration régionale.  

L’introduction de permis de travail transfrontaliers simplifiés pour les mineurs et les commerçants informels, liés à des coopératives ou à des syndicats miniers, offrirait une reconnaissance légale et permettrait une mobilité plus sûre et plus stable pour des milliers de femmes qui contribuent à l’économie.  

La reconnaissance et l’officialisation des coopératives dirigées par des femmes contribueraient à garantir les droits d’utilisation des terres, à élargir l’accès au financement et à accroître leur contribution à l’exploitation minière artisanale et à petite échelle. Associées à une stratégie de formalisation de l’exploitation minière tenant compte de la dimension de genre, ces approches donneraient la priorité aux connaissances juridiques, à la formation en matière de sécurité et à l’encadrement des jeunes, créant ainsi des moyens de subsistance durables pour toutes les générations. 

 

L’importance de la libre circulation 

i le Protocole de l’UA sur la libre circulation des personnes était pleinement adopté et mis en œuvre dans toute l’Afrique, il permettrait aux femmes mineures et commerçantes de se déplacer légalement et en toute sécurité à travers les frontières sans crainte de détention, d’expulsion ou de discrimination. Il permettrait la création de cartes d’identité régionales, l’accès aux services et la reconnaissance officielle des contributions économiques. 

 

Aujourd’hui, de nombreuses mineures migrantes travaillent sans documents officiels, souvent dans des zones grises juridiques où elles sont victimes de harcèlement, d’extorsion ou d’obstacles à l’accès aux services de base. L’absence de droits à la mobilité rend difficile le développement de leur activité, la participation à des sessions de formation régionales ou la formalisation de leurs activités. Cette situation nuit non seulement à leur productivité, mais aussi aux objectifs plus larges de l’intégration continentale. 

La mise en œuvre du protocole de l’UA sur la libre circulation débloquerait l’accès aux couloirs commerciaux officiels, aux services bancaires transfrontaliers, à l’enregistrement des coopératives et aux soins de santé. De plus, elle faciliterait la circulation des commerçants transfrontaliers qui approvisionnent les communautés minières, permettant ainsi une plus grande diversité économique et une plus grande résilience. 

Certaines organisations dirigées par des femmes plaident déjà en faveur de ces changements de politique. Des forums et réseaux régionaux font pression pour que les procédures de visa soient simplifiées, que les contributions des travailleurs informels soient reconnues et que des mécanismes de protection soient mis en place pour les travailleurs mobiles, en particulier les femmes. 

La libre circulation est un gage de dignité humaine. Pour les femmes qui construisent des économies au-delà des frontières, c’est le fondement qui rend tout le reste possible. 

 

 

 

Une infographie sur la libre circulation

 

Si les projecteurs se sont surtout braqués sur la manière dont les femmes ont comblé le vide laissé par les hommes migrants, une autre histoire, plus profonde, est celle des femmes migrantes elles-mêmes. Originaires des pays voisins ou déplacées des régions rurales du Zimbabwe, elles s’engagent dans le secteur minier avec courage, compétence et vision. 

Au cœur de la ceinture aurifère du Zimbabwe, le cliquetis rythmique des pioches et le bourdonnement des tamis filtrant dans le lit des rivières signalent plus qu’une simple activité minière ; c’est le son d’une transformation économique, portée par les mains infatigables des femmes. 

Pendant des années, l’exploitation minière était considérée comme un monde d’hommes, réservé à ceux qui pouvaient braver les dangers des tunnels souterrains et des paysages impitoyables. Mais aujourd’hui, un nombre croissant de femmes réécrivent cette histoire, revendiquant leur place, réclamant leur part d’or et redéfinissant de fond en comble ce qu’est l’autonomisation économique. 

Faith, autrefois une nouvelle venue pleine d’espoir qui n’avait rien d’autre que son enfant et un rêve, codirige aujourd’hui une coopérative de femmes mineures à Mazowe. Elle forme d’autres femmes, subvient aux besoins de sa famille et façonne le secteur minier de l’intérieur. 

 

Elle encadre des femmes plus jeunes qui lui rappellent ce qu’elle était il y a quelques années, effrayée mais déterminée. Elle prend la parole lors des réunions de la coopérative locale, aide à négocier des accords de partage d’outils et a même mis en place un système informel de garde d’enfants à tour de rôle qui permet aux autres mères de travailler en toute sécurité.  

 

« Avant, les gens me regardaient avec pitié », dit-elle en riant. « Maintenant, ils viennent me demander conseil ». 

 

Le parcours de Faith n’est plus seulement un triomphe personnel. C’est un modèle, un exemple vivant de la façon dont la migration, lorsqu’elle est soutenue et reconnue, peut libérer le potentiel humain. Son histoire tisse de nombreux fils : résilience, prise de risque, innovation économique et changement de génération. 

Leurs mains sont peut-être poussiéreuses, mais leur vision est claire : une économie prospère, intégrée, qui repose sur l’humain, où les femmes ne sont pas seulement incluses, mais jouent un rôle de premier plan. 

Elles ne se déplacent pas simplement pour survivre. Elles se déplacent pour façonner l’avenir. Dans les collines riches en or de Mazowe, sur les rives de Penhalonga et dans les champs de Bikita, ces femmes font bien plus que de l’exploitation minière.  

 

Elles construisent l’Afrique telle que l’UA l’a imaginée, une frontière, un gramme, une coopérative à la fois. 

 

Ces femmes n’attendent pas que les systèmes changent. Elles sont à l’origine de ce changement. Dans leur déplacement réside l’élan, dans leur travail réside le leadership, et dans leur or réside un autre type de richesse – une richesse qui ne se mesure pas seulement en minerais, mais en dignité, en autonomie et en héritage. 

 

Il ne s’agit pas seulement d’une histoire d’exploitation minière. C’est l’histoire d’un pouvoir qui passe par des mains qui ont appris à tenir une pelle et une vision en même temps. 

 

C’est l’histoire de femmes qui déplacent des montagnes et, ce faisant, font bouger des nations. 

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Clause de non-responsabilité : ce contenu a été produit dans le cadre du projet Move Africa, commandé par la Commission de l’Union africaine et soutenu par la Deutsche Gesellschaft für International Zusammenarbeit (GIZ) GmbH. Les points de vue et les opinions exprimés sont ceux des auteurs uniquement et ne reflètent pas nécessairement ceux de la GIZ ou de la Commission de l’Union africaine.