Inside AWiM25 at the African Union: Scheherazade Safla on Gender,
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Par Habeebat Ajayi
Translated by Ngo Fidele Juliette
La zone frontalière entre le Nigeria et Cotonou
Dans la trépidante ville frontalière d’Idiroko, située dans la zone gouvernementale locale d’Ipokia dans l’État d’Ogun, le flux commercial est d’une intensité qui reflète l’esprit inébranlable des femmes qui l’animent. Stratégiquement situé le long de la frontière entre le Nigeria et la République du Bénin, Idiroko est passé d’un modeste village à un centre économique critique, dont l’énergie vitale est alimentée par le commerce transfrontalier et la résilience de ses femmes.
Malgré les obstacles réglementaires et les ralentissements économiques, notamment pendant la pandémie de COVID-19 et les fermetures des frontières qui ont suivi, ces femmes se sont non seulement adaptées, mais elles ont aussi trouvé des moyens novateurs de subvenir aux besoins de leurs familles, de contribuer à l’économie locale et d’asseoir la prospérité de leurs communautés. Le commerce transfrontalier en Afrique a pris un nouvel élan grâce aux cadres stratégiques établis par la CEDEAO, la ZLECAf et l’Union africaine.
La CEDEAO, avec son Schéma de libéralisation des échanges et son Tarif extérieur commun, a jeté les bases d’un commerce régional harmonieux en Afrique de l’Ouest. Ces initiatives visent à réduire les droits de douane et les barrières non tarifaires, en favorisant la libre circulation des biens, des services et des personnes à travers les frontières. Cet effort régional est encore amplifié par l’ambition continentale de la ZLECAf de créer un marché unifié, renforçant le commerce intra-africain, l’industrialisation et la diversification économique. L’Union africaine joue un rôle de coordination essentiel, alignant les communautés économiques régionales telles que la CEDEAO dans le cadre de son Agenda 2063, une vision plus large de l’intégration et de la prospérité.
En soutenant le développement des infrastructures, l’harmonisation des politiques et la facilitation du commerce numérique, l’UA veille à ce que le commerce transfrontalier devienne un puissant catalyseur de la croissance inclusive dans toute l’Afrique. Ensemble, ces institutions remodèlent le paysage commercial de l’Afrique, favorisant des liens économiques plus profonds et débloquant de nouvelles opportunités à travers le continent. Cela a permis à des milliers de commerçants, en particulier des femmes, de s’engager dans le commerce au-delà des frontières nationales, du marché de Tunbé au Nigeria à Igolo à Cotonou, en République du Bénin.

Modinat Bakare, une vendeuse de tissus de 65 ans
Le véritable récit du moteur économique d’Idiroko ne se trouve pas dans les documents politiques ou les statistiques commerciales, mais dans les expériences vécues par les femmes commerçantes qui constituent le pilier du commerce transfrontalier. Modinat Bakare, une commerçante qui a commencé par la vente du haricot et du pain, dirige aujourd’hui un commerce de tissus prospère qui s’étend sur plusieurs pays. « Aujourd’hui, les gens connaissent mon nom de l’autre côté de la frontière », fait remarquer Bakare. « Je fais maintenant du commerce à Cotonou, au Togo et au Ghana. Ce commerce m’a permis d’aller loin. » Elle dispose des tissus Ankara éclatants à l’extérieur de sa boutique sur le marché de Tunbé.
À 65 ans, ses mains frêles bougent avec une maîtrise que lui confère son expérience, chaque pli racontant l’histoire de décennies passées dans ce commerce. La ville frontalière se réveille toujours tôt. Dans les rues encombrées, les motos se faufilent entre les acheteurs et les vendeurs, transportant des marchandises vers des destinations proches ou lointaines, tandis que dans cette agitation, résonne dans l’air l’appel lointain des commerçants. Les femmes d’Igolo qui font du change de monnaie montrent l’engagement des femmes dans le commerce transfrontalier, s’étendant jusqu’à Igolo, une ville béninoise située à 132,7 kilomètres de la communauté d’Idiroko, où les femmes tirent parti de cette opportunité pour gérer des entreprises, élever des familles et soutenir le développement local.
Cette ville frontalière de l’État d’Ogun représente bien plus qu’une simple frontière géographique entre le Nigeria et la République du Bénin. Depuis des générations, elle offre aux femmes de cette communauté la possibilité de maîtriser le commerce transfrontalier, d’acquérir une indépendance financière et de contribuer à la croissance économique. Dans un secteur généralement dominé par les hommes en Afrique de l’Ouest, ces femmes se sont taillées un pouvoir financier unique en tant qu’exploitantes de bureaux de change.
Ganiyat Adegbola assise à son stand à Igolo
Ces « money women », comme on les appelle, facilitent les transactions monétaires qui huilent les rouages du commerce transfrontalier. Des femmes d’Igolo comme Ganiyat Adegbola et Toyin Kukoyi illustrent la manière dont les entreprises dirigées par des femmes contribuent de manière significative à la survie économique. Alors que Ganiyat continue de prospérer dans le domaine du change, Toyin, qui vend de l’eau en sachet, explore déjà les possibilités d’exportation vers le Nigeria pour développer son activité.
« À Igolo, beaucoup de femmes sont opératrices de change. Nos entreprises ne font pas vivre que nous, mais aussi nos familles élargies », explique Ganiyat.
« Avant qu’un homme ne gagne cinq mille euros, une femme en aurait gagné quinze. Dans ce contexte de défis économiques, les groupes d’épargne communautaires sont devenus des bouées de sauvetage. Muinah Adeosun, une vendeuse de boissons à base de plantes, survit grâce à des contributions quotidiennes qui soutiennent son commerce et sa famille. « Hier, j’ai payé 14 000 nairas. Aujourd’hui, c’est 18 000 nairas. C’est ce qui me permet de survivre », explique-t-elle.
Toyin Kukoyi vend de l’eau en sachet de l’autre côté de la frontière
La réouverture des frontières après la pandémie du COVID et la ratification par le Nigeria de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) suscitent une nouvelle vague d’espoir. La ZLECAf a introduit des politiques visant à réduire les barrières commerciales, à renforcer la coopération douanière et à soutenir le développement des infrastructures dans les zones frontalières. Dans le sillage de la reprise économique qui a suivi la réouverture, les experts et les décideurs politiques soulignent l’importance de renforcer les marchés locaux et le commerce transfrontalier, en particulier dans les communautés frontalières telles qu’Idiroko.
Le regain d’intérêt pour l’intégration économique dans le cadre de La ZLECAf offre des stratégies pratiques permettant aux entreprises locales de prospérer dans une dynamique commerciale en pleine évolution. Aliyu Ilias, expert de renom en politique économique, a encouragé les marchés locaux à s’adapter aux nouvelles réalités économiques en adoptant l’innovation, en améliorant la logistique et en tirant parti des plateformes numériques. Selon lui, avec la réouverture des routes commerciales et le renforcement de la coopération régionale, les entreprises locales doivent se positionner pour répondre à la demande intra-africaine croissante tout en maintenant leur compétitivité.

Activités transfrontalières à Igolo
En accord avec ces idées, la ZLECAf a réitéré son engagement à approfondir le commerce transfrontalier et à soutenir les économies locales. Il a noté que plusieurs initiatives sont en place pour simplifier les procédures commerciales, améliorer les infrastructures et promouvoir l’inclusion économique. « La promotion du commerce transfrontalier passe par la facilitation des échanges qui renforce la coopération douanière, la simplification et l’harmonisation des procédures douanières, l’automatisation des opérations douanières et la création d’un guichet unique pour améliorer la conformité et réduire les délais et les coûts de dédouanement. »
D’autres mesures comprennent la coopération entre les agences frontalières, la simplification des processus et des procédures pour réduire le coût de la conformité, la suppression des barrières non tarifaires (BNT), la fourniture d’infrastructures liées au commerce comme le stockage (entrepôts et chambres froides) ainsi que les routes, l’adoption de marchés frontaliers en tant que centres d’exportation et d’importation, le renforcement des capacités et la formation des entreprises locales, le soutien à l’adoption du système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) pour réduire ou éliminer le coût de la conversion des devises, le partage d’informations, le soutien à l’adoption du commerce numérique et le soutien à l’accès au marché pour les PME.
La mise en œuvre de l’accord de la ZLECAf pour réaliser ces aspirations améliorera la circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes à travers le continent, conformément aux aspirations de l’Agenda 2063 pour un marché continental avec la libre circulation des personnes, des capitaux, des biens et des services, qui sont considérés comme essentiels à l’intégration économique qui conduira à la transformation économique structurelle du continent africain en un continent avec une capacité de production accrue et capable d’acquérir une part significative du commerce mondial”.

S’exprimant sur les aspirations de la ZLECAf, M. Olusegun a déclaré qu’elle s’aligne sur, et reflète l’Agenda 2063 de l’Union africaine, qui est un cadre stratégique dont l’objectif est d’assurer un développement inclusif et durable pour le continent, « La réalisation de cet objectif implique, entre autres, d’approfondir l’intégration économique, ce que la ZLECAf cherche à réaliser en créant un marché unique et en augmentant le commerce intra-africain. L’intégration économique par le biais de la ZLECAf devrait stimuler l’industrialisation en créant des chaînes de valeur régionales et en soutenant l’intégration en amont au fur et à mesure que les fabricants augmentent leur production. »
En outre, il a déclaré : « La mise en œuvre de l’accord de la ZLECAf pour réaliser ces aspirations améliorera la circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes à travers le continent, conformément aux aspirations de l’agenda 2063 pour un marché continental avec la libre circulation des personnes, des capitaux, des biens et des services, qui sont considérés comme essentiels à l’intégration économique qui conduira à la transformation économique structurelle du continent africain en un continent doté d’une capacité de production accrue et capable d’acquérir une part significative du commerce mondial’.
Amah Yemi, experte en commerce, nous donne un aperçu des contributions significatives des femmes à l’économie informelle dans leurs efforts pour maintenir leurs moyens de subsistance. « Dans le domaine de la lutte contre la pauvreté, la femme de la campagne n’attend pas que vous lui octroyiez une subvention de 100 millions de dollars ou une quelconque aide financière ; ces femmes sont capables de donner le peu qu’elles ont pour subvenir aux besoins de leur famille et de leur communauté.
Elles répondent à des besoins, et ne soyez pas surpris, la plupart d’entre eux sont les soutiens de leur famille, c’est un rôle qui a été négligé, mais qui est très crucial. »
L’autonomisation des femmes engagées dans le commerce transfrontalier informel, comme l’ont démontré les commerçantes d’Idiroko et d’Igolo, n’est pas seulement une question d’équité sociale, mais un moteur important de la croissance économique inclusive, du renforcement de l’intégration régionale dans des cadres tels que la CEDEAO et la ZLECAf, et du développement durable sur l’ensemble du continent africain.
Leur résilience, leur adaptabilité et leurs contributions économiques, souvent malgré des obstacles réglementaires et des chocs économiques, mettent en évidence leur rôle essentiel dans les économies locales et leur potentiel à contribuer davantage à la transformation économique de l’Afrique grâce à un soutien ciblé et à la mise en œuvre complète de politiques commerciales progressistes.
Regardez le documentaire complet ici:
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AVERTISSEMENT : Ce contenu a été produit dans le cadre du projet Move Africa, commandé par la Commission de l’Union africaine et soutenu par la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH. Les points de vue et les opinions exprimés sont ceux des auteurs uniquement et ne reflètent pas nécessairement ceux de la GIZ ou de l’Union africaine.
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Copyright 2020. African Women In Media
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