Inside AWiM25 at the African Union: Scheherazade Safla on Gender,
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Traduit en français par Ngo Ngimbous Fidèle Juliette
C’était un moment qui allait bouleverser le cours de sa vie. Assise auprès de sa sœur, récemment installée en Côte d’Ivoire, elle écoutait attentivement les histoires à propos de nouvelles opportunités, de progrès et de nouveau commencement.
« Jamais je n’aurais imaginé partir en Côte d’Ivoire, jusqu’à ce que l’un de mes frères vienne m’emmener », se souvient Madame Rebecca Adebayo, originaire d’Ejigbo, dans le sud-ouest du Nigeria. Elle a migré il y a plus de cinquante ans.
« Je venais de terminer à l’école privée et j’avais déjà rempli le formulaire d’inscription pour l’école d’infirmières. Malheureusement mon petit ami m’a déçue. Alors je suis partie à Ibadan où je faisais de bonnes affaires en vendant des vivres au marché d’Agbeni. Puis un de mes demi-frères est revenu de Côte d’Ivoire et a insisté pour qu’on me ramène à la maison. »

Entendre parler des opportunités en Côte d’Ivoire a allumé une étincelle dans le cœur de Madame Rebecca. C’était l’occasion de tout reprendre, de construire une vie meilleure pour elle et sa famille.
Le moment, où l’espoir a croisé l’incertitude, s’est transformé en tournant décisif. Elle a embrassé l’inconnu avec bravoure et courage, animée par la conviction que ses aspirations pouvaient franchir les frontières.
« J’étais déjà mariée et j’avais un enfant, alors ils ont dû supplier mon mari. J’ai dû liquider toute la marchandise, faire mes valises, et me préparer à partir avec mon enfant pendant que mon mari restait au pays. »
Madame Rebecca ne s’est jamais remise avec son premier mari resté au Nigeria et s’est remariée en Côte d’Ivoire. Âgée aujourd’hui de 80 ans, elle fait partie de ces nombreuses femmes d’Ejigbo qui migrent chaque jour vers la Côte d’Ivoire.
Il y a plusieurs décennies, les contraintes économiques et le manque d’opportunités ont poussé de nombreuses femmes à chercher une vie meilleure en Côte d’Ivoire. Et ce mouvement migratoire continue. Il s’est lentement intégré dans le quotidien des rues paisibles d’Ejigbo. Même s’il n’existe pas de chiffre exact, une simple conversation avec les habitants d’Ejigbo révèle que la plupart des familles comptent plusieurs membres installés en Côte d’Ivoire.
Selon le site officiel de l’État d’Osun, sur environ 1,2 million de Nigérians vivant en Côte d’Ivoire depuis les années 1900 jusqu’à présent, plus de 50 % sont originaires de la zone administrative locale d’Ejigbo.
Opeyemi Aderanti, secrétaire de LABA International Transport depuis plus de six ans, confirme que les femmes voyagent plus que les hommes.
« La plupart des voyageurs se rendent en Côte d’Ivoire pour les affaires. Le fait que les femmes soient majoritaires dans le commerce pourrait expliquer pourquoi leur nombre dépasse celui des hommes. Dans tous les cas, nous servons aussi bien les clientes que les clients. »

Pour plusieurs, le voyage à travers quatre pays est une expérience transformatrice, qui ouvre la voie à de nouvelles opportunités et à un avenir meilleur. Le voyage pour la Côte d’Ivoire surpasse le simple fait de franchir des frontières, c’est une véritable odyssée à travers l’essence même de l’Afrique de l’Ouest.
Ces femmes traversent le Nigeria, le Bénin, le Togo et le Ghana pendant deux à trois jours avant d’atteindre la Côte d’Ivoire.
« Lorsque je suis arrivée au poste-frontière de Sèmè, à Lagos, mon cœur battait fort. Je n’avais jamais franchi une frontière internationale, et le chaos autour de moi était impressionnant », se souvient Sewa Abidoye.
« En traversant le Bénin, j’ai ressenti un mélange de soulagement et d’inquiétude. La langue avait changé et l’environnement était plus étranger. J’ai compris que je commençais un voyage vers un territoire inconnu, autant physiquement qu’émotionnellement. »
Sewa a été enchantée par les paysages verdoyants et les marchés animés du Togo. Le passage de la frontière au Ghana a été plus rapide, dans une ambiance pleine de musique et de vitalité.
« Quand je suis enfin arrivée à la frontière de Noé, en Côte d’Ivoire, j’étais à la fois épuisée et enthousiaste. Autour de moi je voyais tous ces gens affairés, j’ai ressenti une forme d’espoir. »
Mais l’expérience était toute autre pour Rebecca, il y a plusieurs décennies. À l’époque, la traversée se faisait en bateau :
« Il n’y avait pas de bus de luxe à Ejigbo pour aller en Côte d’Ivoire. Lorsque j’ai appris que nous devions voyager par bateau, j’ai eu peur. J’étais sceptique, mais je me suis armée de courage pour embarquer. »
Salmat Oladeji, qui a migré en 1982, partage aussi son expérience:
« Des bus de luxe circulaient sur la route, avec les bagages de tous les passagers à bord. Si le véhicule était en mauvais état, le voyage pouvait durer six jours, une semaine ou plus. Une panne pouvait survenir parfois en pleine brousse, sans nourriture ni eau. Il nous arrivait de ne manger que du piment cru avec du manioc », raconte-t-elle.
« Aujourd’hui, il existe plusieurs options. Les bus de luxe mettent trois jours de trajet, et les petites voitures,seulement deux jours. »
Selon l’aperçu régional du portail des données migratoires pour l’Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire figure parmi les dix principaux couloirs migratoires de la région et constitue la première destination des migrants en Afrique de l’Ouest.

En mi-2020, la Côte d’Ivoire comptait 2 564 857 migrants, soit 9,7 % de la population. Les déplacements à l’intérieur de la région sont en partie motivés par une volonté commune de renforcer les liens économiques régionaux en vue de faciliter les voyages, l’installation et la création d’entreprises dans les pays membres de la CEDEAO.
Pour les femmes, des politiques telles que l’Approche commune de la CEDEAO sur la migration (2008) ont ouvert la voie à de nouvelles opportunités économiques et à un développement personnel, avec un accent sur la question des femmes. La liberté de circulation réduit les obstacles habituels, tels que les exigences de visa et les longues procédures aux frontières, et permet aux femmes d’aller à la quête des moyens de subsistance qui leur étaient auparavant inaccessibles.
Olalekan Henry Adebodun, chercheur éminent en migration, études sur le genre, diaspora et histoire sociopolitique, retrace avec précision les origines de la migration Ejigbo-Côte d’Ivoire.
« Dans les années 1900, deux hommes originaires d’Ejigbo, nommés Alabi Emmanuel et Alhaji Muthahiru Saraki (Lawure), furent les premiers à migrer vers Abidjan. Leur réussite a entraîné de nombreux habitants d’Ejigbo à les suivre, et ce mouvement se poursuit encore aujourd’hui », affirme-t-il.
« Le peuple d’Ejigbo a depuis longtemps décidé de s’installer à Abidjan, principal centre urbain de Côte d’Ivoire, pour le commerce — c’est d’ailleurs ce pour quoi ils sont connus là-bas. Bien que des personnes originaires d’Ejigbo vivent aussi dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest comme le Ghana, le Togo, le Burkina Faso, le Liberia et le Bénin, etc., il convient de noter que ces cas sont peu nombreux. »

Selon ce chercheur, les plus grandes opportunités d’affaires ont commencé à attirer les femmes d’Ejigbo vers Abidjan dès le début des années 1940.
« Cela était possible parce qu’au début de l’indépendance des Ivoiriens, ils n’avaient pas la possibilité d’importer depuis les pays voisins, en raison de la politique d’assimilation imposée par leurs colonisateurs », explique l’historien.
« L’arrivée des commerçants a permis d’introduire des marchandises en provenance de pays desquels ils ne pouvaient importer, facilitant ainsi les échanges pour les Ivoiriens à cette époque. »
Lorsqu’on lui demande ce qui distingue la Côte d’Ivoire des autres pays africains, il répond :
« C’est une terre favorable. Pendant les fêtes à Ejigbo, les commerçants venus d’Abidjan rentraient les poches pleines. Ils bâtissaient de grandes maisons, arrivaient avec de belles voitures et bien vêtus. Ceux qui ont migré vers d’autres pays d’Afrique de l’Ouest regardaient Abidjan comme une terre de fortune pour les gens d’Ejigbo. »
En Côte d’Ivoire, les femmes originaires d’Ejigbo reconstruisent leur vie. Plusieurs deviennent commerçantes, essentielles aux marchés locaux et à l’économie. À mesure qu’elles progressent, elles tissent un réseau qui dépasse les clivages culturels, partageant leurs ressources, leurs conseils et créant des opportunités de croissance.
Madame Rebecca, entrepreneure résiliente, partage son expérience personnelle, reflet de la détermination inébranlable de ces femmes :
« Quand je suis arrivée en Côte d’Ivoire, on m’a demandé d’attendre avant de faire quoi que ce soit, car je ne comprenais pas le français et je ne pouvais pas communiquer. »
Cette barrière linguistique est un défi courant pour de nombreuses Nigérianes qui migrent vers la Côte d’Ivoire. Cependant, elles trouvent du soutien auprès de leurs proches ou d’autres femmes nigérianes déjà établies dans le pays.

« Je leur ai dit que je ne pouvais pas rester à la maison sans rien faire, alors je suis allée rencontrer une de mes tantes du côté maternel, Ayo Balogun, qui m’a donné 500 CFA, et une autre m’a aussi donné 500 CFA. »
Madame Rebecca a commencé à vendre des bananes, des bâtons de manioc et d’autres articles devant notre maison.
« Après deux ans, je pouvais parler leur langue, et j’ai commencé à acheter des marchandises en grande quantité, et à faire plus de bénéfices. » J’ai arrêté de vendre des bananes, et mon nouveau mari m’a donné un petit capital pour lancer une activité. Je ne me souviens plus exactement, mais c’était moins de 1 000 nairas.
« Plus tard, ma belle-famille m’a demandé de rejoindre mes coépouses au marché, et nous vendions toutes la même marchandise: des produits cosmétiques, des articles pour bébés, et autres. »
Aujourd’hui, elle est une entrepreneure influente en Côte d’Ivoire.
Selon une entrepreneure ivoirienne nommée Madame Fatoumata : « Les femmes d’Ejigbo sont travailleuses. Elles apportent de nouvelles idées et saveurs à nos marchés. Les voir s’intégrer tout en préservant leur culture est vraiment inspirant. »

Alhaji Fatai Atilade Bello Oke, figure influente d’Ejigbo né et grandi en Côte d’Ivoire, évoque la domination des femmes d’Ejigbo sur le marché. Elles possèdent la majorité des grandes boutiques, faisant d’elles le moteur du commerce à Abidjan.
« Leur influence va au-delà des frontières : beaucoup voyagent pour le Royaume-Uni, l’Amérique, l’Italie, la Chine et ailleurs pour importer et vendre des marchandises en Côte d’Ivoire. »
Il souligne également le soutien considérable qu’elles apportent à leur ville d’origine : « Environ 70 à 80 % des financements proviennent de nos compatriotes en Côte d’Ivoire. 90 % de la population d’origine Ejigbo vivant en Côte d’Ivoire envoie régulièrement de la nourriture et d’autres produits de première nécessité à Ejigbo. »
Madame Ifeoma J. Akabogu-Chinwuba, ancienne ambassadrice du Nigeria en Côte d’Ivoire, ajoute :
« Les femmes d’Ejigbo ont joué un rôle majeur dans le maintien de la paix et de l’harmonie entre leurs compatriotes à Abidjan. Cela découle de la reconnaissance particulière que feu le président Félix Houphouët-Boigny accordait aux femmes, affirmant qu’elles devaient être respectées dans le pays. »
Abidoye Sewa, vendeuse, a migré en Côte d’Ivoire il y a dix ans :
« La vie à Abidjan est plus paisible. Nous avons un bon rapport qualité-prix en termes d’assistance sociale et d’infrastructures, et les aliments sont relativement bon marché comparés au Nigeria.
« Avec un petit effort, on peut se permettre un repas complet à un prix abordable. Il est parfois difficile de distinguer les riches des pauvres, car tout le monde peut faire ses choix fondamentaux. »
La nourriture est bien plus qu’un simple besoin, elle nous définit, notre culture et notre histoire. À Ejigbo comme à Abidjan, les plats et les traditions partagés témoignent d’un lien ancien et profond entre les deux communautés.
Madame Badirat Ayoni, née en Côte d’Ivoire de parents originaires d’Ejigbo, incarne cette connexion. Migrante de deuxième génération, elle a su équilibrer les deux cultures avec finesse.
Grâce à des femmes comme elle, le paysage culinaire d’Ejigbo s’est enrichi. La cuisine ivoirienne, ses saveurs et textures uniques, avec des plats tels que l’attiéké (accompagnement à base de manioc), a trouvé sa place dans les ménages, créant une fusion qui reflète l’interconnexion de ces peuples.
Lorsqu’elle a tourné la clé de son restaurant pour la première fois, elle a ressenti l’excitation d’un nouveau départ mêlée à un profond sentiment de satisfaction. Ses rêves s’étaient enfin réalisés.
Aujourd’hui, ses yeux brillent de joie et de fierté. Ses mains tremblent légèrement alors qu’elle dispose un plat d’attiéké accompagné de poisson grillé et de sauce au piment.

« J’ai ressenti un mélange d’incrédulité et de gratitude. Après toutes les épreuves, les sacrifices et les longues nuits, voir mon rêve d’ouvrir mon propre restaurant ici à Ejigbo se concrétiser était époustouflant. »
À cet instant, elle sentait battre le cœur de la Côte d’Ivoire dans chaque plat servi, apportant un morceau de sa terre d’adoption à sa communauté.
« Mon objectif en ouvrant ce restaurant était que chacun goûte au cœur de la Côte d’Ivoire, ici même à Ejigbo. »
Badirat fait partie de ces nombreuses entrepreneures qui ont transformé leur expérience migratoire en opportunité économique, en vendant des plats ivoiriens à Ejigbo pour satisfaire aux goûts variés de la population locale.
« Je vends de l’attiéké à Ejigbo parce que la majorité des personnes d’ici ont des liens avec la Côte d’Ivoire, et l’attiéké est l’un des plats qu’ils aiment le plus.
Cela fait plus de 11 ans que j’ai commencé, et je suis la deuxième personne à en vendre ici. J’ai remarqué que la demande était forte et qu’une seule vendeuse ne suffisait pas. Par la suite, beaucoup d’autres se sont lancés dans ce commerce. »
Comparant ses affaires à Abidjan et à Ejigbo, la femme de 57 ans affirme que les deux marchent bien :
« Si vous avez assez de capital pour investir au Nigeria, vous réussirez. Mais je voyage pour la Côte d’Ivoire tous les trois mois, car j’y ai encore des affaires. Mes enfants y vendent pour moi. J’y apporte des boissons gazeuses et je reviens avec de l’attiéké en grande quantité. »
Pourquoi être revenue alors ? « Peu importe le temps passé à l’étranger, vous vous sentirez plus à l’aise chez vous. J’ai décidé de revenir et de m’installer dans ma ville natale pour avoir les idées plus claires. »
Avec l’essor des migrations, les échanges linguistiques entre Ejigbo et la Côte d’Ivoire se multiplient. De nombreux habitants d’Ejigbo intègrent le français dans leurs conversations quotidiennes, ils renforcent ainsi les liens entre l’Afrique de l’Ouest anglophone et francophone.
Au fil du temps, beaucoup ont adopté le français, langue officielle de la Côte d’Ivoire. C’est le témoignage de leur profond attachement économique et culturel.
Adeleke Folashade est l’une des nombreuses personnes d’Ejigbo qui parle français. Elle incarne le métissage culturel né du commerce et de la migration. Installée à Abidjan il y a trois ans, elle est récemment rentrée pour rendre visite à sa famille au Nigeria.
Elle fait partie des femmes qui attendent le bus qui quitte Ejigbo pour Abidjan.

La femme d’affaires de 38 ans, spécialisée dans la vente en gros de matériaux de construction en Côte d’Ivoire, confie : « Beaucoup d’entre nous s’expriment désormais couramment en français, car nous pouvons être mieux connectés avec nos voisins ivoiriens et développer notre commerce. »
Plonger dans l’effervescence du marché d’Ejigbo, c’est s’immerger dans une atmosphère vibrante où le commerce se mêle aux récits de vie. Ce lieu incarne l’échange dynamique de biens et d’histoires à travers l’Afrique de l’Ouest. Les produits, en provenance d’Ejigbo et de la Côte d’Ivoire, témoignent des liens culturels solides entre les deux régions. Plusieurs articles ivoiriens (Savon, épices aromatiques, outils agricoles et pagnes colorés ) sont disponibles au marché d’Ejigbo.

Titilayo Adekunle vit à Osogbo, la capitale de l’État d’Osun. Chaque samedi, elle se rend à Ejigbo pour vendre des tissus en gros et en détail. Elle exerce cette activité depuis 30 ans et compte de nombreuses clientes parmi les femmes de la Côte d’Ivoire.
« J’ai des clientes en Côte d’Ivoire. Certaines achètent chez moi depuis cinq ans, d’autres, trois ans, et certaines depuis environ un an. Elles sont nombreuses, et les affaires marchent bien.
Les femmes d’Ejigbo en Côte d’Ivoire nous passent des commandes plus que celles du Nigeria. Nous communiquons via WhatsApp. Elles regardent ce que j’ai, choisissent, paient. Je leur envoie les articles par les véhicules qui vont en Côte d’Ivoire.
Toutes sont des Yorubas d’Ejigbo, donc nous parlons en yoruba, car je ne comprends pas le français.
Elles ne parlent français qu’avec les Ivoiriens ou ceux qui ont vécu là-bas et sont revenus. »
La cheffe des commerçantes (Iyaloja) d’Ejigbo, Chief Janet Oguntola, explique : « La Côte d’Ivoire est le réservoir économique du peuple d’Ejigbo. Les produits importés d’Abidjan sont solides, uniques et bon marché. Nos agriculteurs y apportent des denrées comme le maïs, l’igname, le manioc et le vin de palme. Ils y cultivent aussi le cacao, la kola et le palmier à huile. »

Des femmes comme Madame Rebecca réinvestissent dans leurs communautés, ouvrent des commerces, mentorent d’autres femmes et renforcent les liens transfrontaliers. Elles apportent une perspective unique qui intègre héritage yoruba et influences ivoiriennes.
Madame Rebecca fait partie de celles qui ont investi dans des bâtiments modernes. Elle contribue ainsi à donner un nouveau visage à Ejigbo. Alhaja Aolat Jimoh (a.k.a Iya Oko Messer), commerçante au marché d’Ejigbo, est l’une des femmes ayant passé plusieurs décennies en Côte d’Ivoire avant de revenir dans sa ville natale.
Beaucoup de ces femmes ont repris leurs activités avec un regard neuf. Qu’elles relancent leur ancien commerce ou se lancent dans de nouvelles entreprises, elles sont déterminées à revitaliser l’économie locale.
Elles introduisent sur le marché, des produits très demandés en provenance de Côte d’Ivoire, et leurs affaires prospèrent, car elles connectent les fournisseurs ivoiriens aux consommateurs nigérians.
À 70 ans, Alhaja Aolat est partie à Abidjan célibataire et s’y est mariée. Lorsque son mari est retourné à Ejigbo, elle l’a suivi, mais certains de ses enfants sont restés en Côte d’Ivoire et ont repris la boutique pendant qu’elle poursuit son activité à Ejigbo.
Autre exemple : Musili Akinrinola
« Mes parents nous ont emmenés là-bas, mes frères et moi. Nos ancêtres étaient commerçants et ont conduit mes parents à Abidjan. À l’époque, ils achetaient des marchandises à Lagos, Ibadan, Ejigbo et ailleurs pour les revendre à Abidjan.
Je me suis mariée là-bas. Ensuite, nous avons lancé notre commerce qui consistait à voyager pour Lagos et Ibadan dans le but d’acheter et de vendre à Abidjan et ses environs. »
Cette commerçante spécialisée dans les articles ménagers affirme :
« Les Ivoiriens aiment les produits nigérians, tout comme nous apprécions les leurs. C’est ce qui facilite le commerce. »
Certaines femmes d’Ejigbo font le choix de ne pas migrer, préférant développer leur esprit entrepreneurial au sein de leur communauté.
Rafatu Usman, propriétaire d’un stand de nourriture depuis plus de vingt ans, exprime son attachement à sa communauté :
« Je ne suis jamais allée à Abidjan. J’ai reçu de nombreuses propositions et invitations de mes amis et de ma famille, mais j’ai refusé. Mon mari ne veut pas que j’y aille. Ma belle-famille s’y trouve, mais je ne veux pas y aller. »
Interrogée sur son activité à Ejigbo, elle répond :
« Elle me permet de payer mes factures, et cela me suffit. Je n’ai aucun regret. »
Toutefois, la migration a entraîné des changements socio-économiques majeurs à Ejigbo. Dans de nombreux cas, les femmes qui rentrent contribuent à revitaliser un village autrefois isolé et peu développé, en apportant de nouvelles idées, compétences et ressources.

Ils réinvestissent leurs économies à Ejigbo, ce qui permet d’améliorer la situation économique locale et stimuler la circulation monétaire au sein de la communauté.
L’honorable Tajudeen Oladipupo, secrétaire en charge du développement d’Ejigbo, considère la migration vers des horizons plus favorables comme une bonne chose. Il ajoute que voyager fait partie de l’éducation et de la civilisation. Cependant, il souligne que tout le monde ne peut pas migrer .
« Les gens cherchent un avenir meilleur, ils cherchent à survivre, ils vivent selon l’impression que d’autres leur donnent sur la Côte d’Ivoire, que la vie y est plus facile qu’au Nigeria. C’est pourquoi ils s’y rendent en masse. »Ancien vice-président du gouvernement local d’Ejigbo, il poursuit :
« Nos compatriotes partent en Côte d’Ivoire, ce qui est bien, mais nous ne pouvons pas tous y aller. Nous avons des différences individuelles. Cette situation peut ne pas convenir à certaines personnes en raison de leur profession ou des projets qu’elles mènent, qui ne sont pas forcément adaptés à un pays francophone. »
Néanmoins, il affirme que la majorité de ceux qui sont partis sont revenus avec de bons résultats :
« Ils ont beaucoup contribué à l’économie. Certains, après avoir gagné de l’argent là-bas, sont revenus pour investir dans des entreprises comme des stations-service, des écoles, des hôtels, des centres d’événements et le commerce en gros. »

Ejigbo dans les années 1990 (à gauche) et Ejigbo aujourd’hui (à droite)« Les ressortissants d’Ejigbo vivant en Côte d’Ivoire ont également grandement contribué au développement religieux de notre communauté, à travers la construction des églises et des mosquées, et le soutien aux associations religieuses locales. La plupart des belles maisons de cette ville ont été bâties par nos compatriotes ayant séjourné en Côte d’Ivoire ou y vivant encore. »
Il évoque aussi l’impact spécifique des femmes migrantes :
« Les femmes sont en première ligne du commerce. Non seulement elles se sont installées en Côte d’Ivoire, mais elles voyagent aussi au-delà pour faire du commerce. De la Côte d’Ivoire à Dubaï, Chine, Amérique, Royaume-Uni… et lorsqu’elles rentrent chez elles, elles investissent à Ejigbo. »
Leur réinsertion dans leur communauté, inspire d’autres à sortir de leur zone de confort, en rappelant que, peu importe où la vie vous mène, le chemin peut toujours vous ramener chez vous pour faire la différence.
Envie d’écouter ces récits des voix des protagonistes ? Clique ci-dessous pour écouter l’épisode du podcast Borderless Women, où commerçantes, femmes migrantes et reines du marché d’Ejigbo partagent leurs rires, leurs épreuves et leur héritage sur les sentiers migratoires méconnus de l’Afrique de l’Ouest :
Ce contenu est produit par African Women in Media (AWiM) dans le cadre du projet Move Africa 2025, commandé par la Commission de l’Union africaine et soutenu par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) par l’intermédiaire de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH. Les points de vue et opinions exprimés sont ceux des auteurs uniquement et ne reflètent pas nécessairement ceux du BMZ, de la GIZ ou de l’Union africaine.
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