Inside AWiM25 at the African Union: Scheherazade Safla on Gender,
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Traduit en français par Ngo Ngimbous Fidèle Juliette
Depuis n’importe quel point élevé du Lesotho, on peut presque toujours voir l’Afrique du Sud. On a l’impression qu’il suffirait de marcher jusqu’à la frontière pour commencer une nouvelle vie. Pas de frontières, pas de barrières, pas de gardes visibles, juste de simples plaines sud-africaines. Comment peut-on vouloir un avenir meilleur pour ses enfants et ne pas le saisir quand il est à portée de main ?
Surnommé « le royaume dans le ciel », le Lesotho est le seul pays au monde situé à plus de 1 000 mètres d’altitude, une forteresse montagneuse où la pauvreté s’attaque à la grandeur.

L’Afrique du Sud l’encercle complètement, et sa monnaie, le loti (pluriel : maloti), est indexée sur le rand dans le cadre de la zone monétaire commune (ZMC). Pourtant, ce lien économique ne parvient pas à sortir sa population de la pauvreté, dont 75 % sont pauvres ou vulnérables (Évaluation de la pauvreté au Lesotho, 2019).
Cependant, les courageuses femmes basotho qui prennent le risque de traverser la frontière vers l’Afrique du Sud subviennent désormais aux besoins de leurs familles restées au Lesotho. Elles envoient leurs filles à l’école, s’occupent des personnes âgées et veillent au bien-être des familles qui dépendent d’elles.
La zone industrielle de Thetsane vibre au rythme de l’économie du Lesotho. Des rangées d’usines, comme le FORMOSA, bourdonnent même les week-ends, leurs portes avalant des flux de travailleurs. La plupart d’entre eux vivent là où ils travaillent, mais d’autres marchent pendant des heures depuis les villages environnants de Maseru, commençant parfois leur périple avant le lever du soleil.
Dès 5 heures du matin, les femmes se dépêchent de se rendre à l’usine en balançant dans leur boîte à lunch du paprika et du morogo (un des légumes verts à feuilles).

Surplombant le vaste complexe de FORMOSA, Mamalefane Lethibela (50 ans) est assise à côté de son mari dans une station de taxis calme en cette fin de semaine. Les chauffeurs interpellent encore les passagers qui se rendent en ville, mais son regard est fixé quelque part au-delà des clôtures.
Un silence s’installe avant qu’elle ne commence à raconter son histoire, celle de toutes ces années passées dans les usines de Mandeni, en Afrique du Sud, où les machines faisaient le même bruit, mais où le monde lui semblait étranger et plein d’opportunités.
Dans la zone industrielle de Mandeni, à Durban, Mamalefane a passé les années 2018 à 2024 à coudre dans une usine chinoise. Elle gagnait environ 1 000 rands par semaine, voire plus avec les heures supplémentaires. C’est peu selon les normes sud-africaines, mais c’est une bouée de sauvetage au Lesotho. Elle envoyait des fonds via Hello Paisa, un service numérique informel qui promettait des frais moins élevés que les transferts Shoprite, mais qui exigeait une longue procédure de vérification.
« Ce n’était pas facile de faire la demande », explique-t-elle. « Vous soumettez vos documents, mais parfois la demande est refusée. D’autres ont vu leur demande approuvée, alors ils nous ont aidés à envoyer de l’argent chez nous. Pour nous, c’était le moyen le plus simple d’envoyer de l’argent. Pour nous, c’était le moyen le plus simple d’envoyer de l’argent. Cela nous a semblé être une réelle amélioration, et nous avons réussi à apporter des changements positifs dans notre pays. »
Le mari de Mamalefane était au chômage lorsqu’elle est partie en Afrique du Sud, mais il a trouvé du travail pendant son absence. Cependant, bien qu’il ait essayé de maintenir la famille unie, ses maigres revenus tirés de petits boulots à Maseru ne suffisaient pas à couvrir les besoins quotidiens de cette famille de cinq personnes, dont leur fils Katleho (21 ans), sourd et ayant des besoins particuliers, et leur petit-fils de dix ans.
« Quand elle travaillait en Afrique du Sud, son argent nous a été très utile », dit-il. « En Afrique du Sud, ils gagnaient leur salaire à la semaine. Au Lesotho, l’argent était peu élevé et vite dépensé, alors nous comptions sur elle pour nous aider quand il n’y en avait plus. »
En 2023, Mamalefane a fait venir sa fille aînée, Mantina (28 ans), pour la rejoindre à l’usine de Mandeni.
« Il n’y avait pas de travail au Lesotho. C’était après la fermeture des usines en raison de la COVID-19. Elle y travaille encore aujourd’hui. Son argent change les choses, car elle peut scolariser les enfants et s’assurer qu’ils ont à manger », dit-elle.

De l’autre côté de la frontière, en Afrique du Sud, vit Matsepiso Makhabane.
Il y a vingt-quatre ans, Matshepiso a quitté le Lesotho pour l’Afrique du Sud. Aujourd’hui âgée de 56 ans, elle a plusieurs casquettes : entrepreneure, spécialiste de l’énergie et défenseure des femmes migrantes. Pourtant, elle ne possède toujours pas de carte d’identité sud-africaine.
« Dès que je dis : ‘Je m’appelle Matsepiso Makhabane, passeport du Lesotho RA…’, l’attitude change complètement. C’est comme si vous n’étiez plus une personne, comme si vous n’étiez pas l’un des leurs », explique-t-elle.
Matshepiso a découvert Johannesburg pour la première fois en 2001, lorsqu’elle a accepté un poste très convoité dans le domaine de la politique énergétique au sein d’une grande organisation. Mariée à un Sud-Africain selon le droit civil et la tradition, elle est devenue mère (ses trois enfants sont tous citoyens sud-africains) et les papiers de son mari lui ont permis d’obtenir plus facilement un statut légal.
Au contraire, chaque permis dépendait de son soutien intermittent. « Chaque fois que j’avais besoin d’une autorisation de la police pour renouveler mon permis, je devais compter sur lui. Mais il apparaissait et disparaissait, c’était compliqué. »
Lorsque son permis de séjour a expiré, elle a commencé à faire des pèlerinages mensuels à Maseru, à six heures de route, juste pour faire tamponner son passeport.
« Si je dépassais la durée de séjour autorisée de deux jours, je risquais une interdiction de séjour d’un à cinq ans. Je rentrais donc chez moi avant l’expiration du permis, même si cela me coûtait cher. Vous pouvez imaginer ce que cela représente de rentrer tous les mois de Johannesburg avant l’expiration du tampon. Cela me coûte vraiment très cher. »
Aujourd’hui, Matshepiso dirige le Green Business College, basé en Afrique du Sud, un centre de formation en agro-transformation et en énergies renouvelables qu’elle a acquis pendant le confinement lié à la COVID en 2020. Son institut propose des ateliers gratuits ou subventionnés aux femmes migrantes, leur permettant d’acquérir des compétences en agriculture biologique et en agro-transformation afin de subvenir aux besoins de leurs familles au Lesotho.

« Je voulais donner aux autres femmes migrantes restées au Lesotho quelque chose qu’elles pourraient contrôler en dépit de l’effondrement des systèmes. Je comprends leur situation difficile », dit-elle. « Après avoir formé des groupes avec elles, je surveille leurs progrès et les encourage. Elles font des merveilles. Elles apprennent à transformer les aliments en confitures et en cornichons, des produits qu’elles peuvent vendre. »
Ces initiatives locales révèlent une ingéniosité qui fait rarement la une des journaux : des femmes qui tirent parti de réseaux informels pour lancer des micro-entreprises, bien qu’elles soient privées des droits civiques fondamentaux.
« Lorsque le gouvernement du Lesotho n’a pas été en mesure d’aider les Basotho bloqués en Afrique du Sud », explique M. Mamalefane. « Certains d’entre nous, dans tout le Lesotho, ont formé une coopérative appelée « Moho Re Ka Atleha Basotho » (Ensemble, nous, les Basotho, pouvons réussir). Cette coopérative existe depuis trois ans. Nous mettons en commun de petites subventions pour aider les femmes basothos d’Afrique du Sud qui en ont besoin. Par exemple, celles qui sont bloquées dans un hôpital sud-africain ou pour couvrir les frais d’obsèques ».
Bonang Libate (54 ans), mère de quatre enfants, a quitté les usines de fabrication de vêtements de Leribe en 2010 parce que son salaire ne lui permettait pas de payer les frais de scolarité de ses enfants. Pendant quatre ans, elle a travaillé comme employée de maison à Mpumalanga, envoyant chaque maloti à sa mère, Rethabile, qui s’occupait des enfants.

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« Je ne savais rien de Johannesburg », confie Bonang, « seulement que je devais subvenir aux besoins de ma famille ».
Lorsque les frais de scolarité ont de nouveau augmenté, Bonang est rentrée chez elle et a loué un logement de deux pièces avec ses petits-enfants, sa fille aînée ayant également traversé la frontière pour travailler dans une usine. Ses quatre enfants ont depuis obtenu leur diplôme de fin d’études secondaires, défiant ainsi les taux nationaux d’abandon scolaire liés à la pauvreté et aux mariages précoces.
C’est le conseil d’un ami qui l’a poussée à se rendre seule dans les townships tentaculaires de Pretoria, certaine qu’elle n’avait pas d’autre choix. Mais la migration est inscrite dans l’ADN de la famille Libate. La mère de Bonang, Rethabile (70 ans), a fait le même pèlerinage dans sa jeunesse. Aujourd’hui, elle veille sur les quatre enfants de Bonang sous son modeste toit de deux pièces.
La fille aînée de Bonang, Hopolang, a également suivi les traces de sa mère. Elle s’est rendue à Durban début 2023 pour travailler comme aide-soignante numérique.
« Hopolang m’aide vraiment beaucoup. Elle prend soin de moi. Elle veille à ce que nous mangions, que les enfants aillent à l’école et aient des vêtements, que je puisse payer le loyer. »

La libre migration est le pilier de la survie au Lesotho, où 43 % des ménages déclarent avoir au moins un membre qui travaille à l’étranger depuis des décennies. Les envois de fonds des travailleurs migrants basothos en Afrique du Sud ont permis de stabiliser l’économie du Lesotho.
En 2023, ce flux a atteint 485 millions de dollars, soit 22,9 % du PIB, faisant du Lesotho le quatrième pays africain le plus dépendant des envois de fonds, selon la publication Migration and Development Brief de la Banque mondiale. Derrière cette statistique se cache le rôle disproportionné des femmes basotho, qui transfèrent une plus grande partie de leurs revenus bien qu’elles gagnent moins, subvenant aux besoins des ménages tout en luttant contre des défis systémiques.
Alors que les données spécifiques sur les envois de fonds des migrantes basotho restent rares, une tendance critique révèle le moteur invisible du travail féminin. En effet, les emplois dans le secteur minier pour les hommes basotho ont chuté de 100 000 en 1990 à 40 500 en 2006, réduisant considérablement les revenus traditionnels des ménages. Paradoxalement, le montant total des transferts de fonds vers le Lesotho a augmenté (Données fournies par Migration, Remittances and Development in Lesotho (Migration, envois de fonds et développement au Lesotho, 2010).
Cette augmentation s’est accompagnée d’une hausse documentée de la migration féminine, les femmes représentant la moitié du flux croissant de migrants du Lesotho vers l’Afrique du Sud et 90 % de la main-d’œuvre textile au Lesotho même, surnommées les « nouvelles mineuses » malgré leurs salaires dérisoires. La croissance soutenue des envois de fonds indique clairement que la migration de main-d’œuvre féminine est devenue la bouée de sauvetage essentielle qui empêche l’effondrement économique.

Pendant des décennies, la migration des basotho était synonyme d’hommes arpentant péniblement les mines sud-africaines. Les envois de fonds des travailleurs masculins soutenaient autrefois l’économie du Lesotho et définissaient les rôles des hommes et des femmes au sein de la famille. Mais la fin du XXe siècle a été marquée par la mécanisation, la récession économique et des politiques d’immigration plus strictes, réduisant ainsi ces couloirs dominés par les hommes.
Les mineurs basotho licenciés ont emprunté diverses voies pour survivre, notamment en créant des entreprises dans leur pays d’origine, en se lançant dans l’agriculture, en trouvant de nouveaux emplois au Lesotho ou en émigrant à nouveau pour trouver d’autres types de travail (Return, reintegration and survival : The case of Basotho labor migrants retrenched from South African mines/Retour, réintégration et survie : le cas des travailleurs migrants basotho licenciés des mines sud-africaines, 2013).
Avec la disparition des transferts de fonds des hommes, l’exode des femmes est devenu nécessaire. Dans les années 1980, les chercheurs ont constaté une augmentation de la migration des femmes. D’abord à l’intérieur du pays, puis au-delà des frontières. En 2018, 52 % des migrants transfrontaliers étaient des femmes, nombre d’entre elles laissant leurs enfants à leurs grands-parents ou à leurs frères et sœurs pour coudre des jeans à Maseru ou faire le ménage à Durban.
| Indicateur | Femmes | Hommes | Source |
| Revenu mensuel moyen | 2 929 rands (employés de maison) |
5 500 rands (mineur) |
Statistiques d’Afrique du Sud, 2024 |
| Revenus transférés | 60 – 80% | 30 – 50% | ONU-INSTRAW/SAIIA |
| Menages bénéficiant du soutien | 93% font des courses | 76% font des courses | Etude SAMP |
Les femmes consacrent 56 % des fonds transférés aux frais de scolarité et aux uniformes, contre 32 % pour les hommes. Les hommes investissent 67 % dans le bétail ou l’immobilier.
Les femmes migrantes représentent 37,4 % des migrants de la SADC en Afrique du Sud, et dominent les secteurs informels avec 70 % d’entre elles travaillant comme vendeuses de rue, employées de maison ou ouvrières dans le textile (ONU-INSTRAW/SAIIA). Bien qu’elles gagnent 30 à 50 % de moins que leurs collègues masculins (par exemple, 2 929 rands par mois contre 5 500 rands pour les mineurs), elles transfèrent 60 à 80 % de leurs revenus à leur famille dans leur pays d’origine.
Douze pays de la SADC, dont le Lesotho, ont signé le Protocole révisé sur le genre et le développement, s’engageant à adopter une « législation sensible au genre » pour les migrants. L’accord d’exemption de visa de 90 jours entre l’Afrique du Sud et le Lesotho offre une flexibilité essentielle aux basotho pour chercher du travail ou retrouver leur famille sans risque immédiat d’expulsion. Bien que temporaire, cette fenêtre est une bouée de sauvetage pour les femmes qui fuient l’exploitation ou recherchent de nouvelles opportunités.

Les deux gouvernements négocient également des prestations sociales transférables, qui sont difficiles à mettre en œuvre mais pourraient changer la donne pour les mères qui envoient des fonds dans leur pays d’origine. Si cette mesure était mise en œuvre, elle permettrait aux migrants de conserver leurs pensions, leur couverture santé et leurs prestations pour la garde d’enfants au-delà des frontières. Pour les femmes basotho qui dominent les secteurs informels, cette situation pourrait signifier un filet de sécurité au-delà des employeurs qui les exploitent.
L’Afrique du Sud propose un visa de regroupement familial qui permet aux membres de la famille proche (conjoints/enfants) d’obtenir le statut de résident permanent en Afrique du Sud, et aux membres de la famille éloignée (frères et sœurs) de bénéficier de permis temporaires renouvelables (ministère de l’Intérieur sud-africain). Si les exigences financières (8 500 rands par mois) demeurent prohibitives pour beaucoup, le cadre existe et les groupes de migrants font pression pour élargir les conditions d’éligibilité.
L’autonomisation économique modifie naturellement la dynamique des ménages. Les hommes basotho doivent s’adapter au fait que les femmes sont désormais les soutiens de famille, ce qui rend la prise de décision plus collaborative. À mesure que ces femmes affirment leur pouvoir d’action, elles catalysent les débats politiques, inspirent de nouvelles formes de collaboration transfrontalière et redéfinissent le discours sur la migration en Afrique australe.
« Ma mère s’occupe désormais de la plupart des finances, et sa force nous a tous incités à travailler ensemble », explique l’un des proches de Bonang à Maseru.
Dans les villages du Lesotho, des réunions en plein air ou des rassemblements traditionnels appelés pitso sont organisés pour discuter des conséquences de la migration. Là, les couvertures basotho et les chapeaux mokorotlo confèrent une solennité culturelle aux défenseurs qui réclament des politiques favorables aux familles, la garantie des droits du travail et la transférabilité transfrontalière des prestations sociales. Le message est clair : la sécurité nationale et la croissance économique ne doivent pas éclipser la dignité humaine et l’unité familiale.
Ramaphiri, coordinateur de la MWA-Lesotho, souligne que les pitsos sont essentiels pour informer les communautés rurales et montagnardes sur les politiques, les droits et les questions cruciales telles que la traite des êtres humains. Ces rassemblements sensibilisent également les participants aux défis locaux, garantissant ainsi que les solutions prennent en compte les perspectives de la base.
Vous avez lu le récit de leur parcours. Entrez maintenant dans leur monde.
Regardez le documentaire ci-dessous pour découvrir comment les femmes basotho franchissent des frontières invisibles, portent des familles entières et font discrètement avancer une nation :
Ce contenu est produit par African Women in Media (AWiM) dans le cadre du projet Move Africa 2025, commandé par la Commission de l’Union africaine et soutenu par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) par l’intermédiaire de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH. Les points de vue et opinions exprimés sont ceux des auteurs uniquement et ne reflètent pas nécessairement ceux du BMZ, de la GIZ ou de l’Union africaine.
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