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Rédigé par Phoebe Masongole
Translated by Ngo Fidele Juliette
Sur les pentes du mont Elgon, à la frontière entre l’Ouganda et le Kenya, les forêts de bambous abritent une spécialité locale appelée « malewa », un plat fumé et savoureux à base de pousses de bambou séchées. Autrefois plat rituel du peuple Bagisu, le malewa est aujourd’hui devenu un ambassadeur culturel qui a traversé les frontières et gagné en popularité dans toute l’Afrique de l’Est et au-delà. Son parcours reflète les aspirations de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) et raconte une histoire fascinante de libre circulation, de diplomatie alimentaire et d’émancipation économique des femmes.
Aujourd’hui, le malewa est servi à Nairobi, Mwanza, Kigali, Juba et Dar es Salaam, non seulement comme un plat nostalgique, mais aussi comme un symbole de l’identité est-africaine. Sa migration raconte une histoire rare et positive de mobilité intra-africaine, dans laquelle les pratiques alimentaires autochtones voyagent librement à travers les frontières, portées par les femmes qui les récoltent, les préparent, les commercialisent et les exportent.
Le malewa et le marché commun de l’Afrique de l’Est
Depuis l’adoption du Protocole sur le marché commun de la CAE en 2010, la région s’est fixée pour objectif de créer un espace économique unique favorisant la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes. Pour les petits producteurs et commerçants, en particulier les femmes, cet état de choses a ouvert de nouvelles perspectives. Le malewa est l’un des nombreux produits traditionnels qui ont bénéficié de cette intégration.
« La libre circulation des produits agricoles tels que le malewa a encouragé l’unité culturelle et les opportunités économiques », explique M. John Mulimba, ministre d’État ougandais des Affaires étrangères et de la Coopération régionale. Il ajoute que le commerce régional contribue à créer des réseaux transfrontaliers de producteurs, de commerçants et de consommateurs qui perpétuent les traditions locales tout en développant leur marché.
L’Union douanière de l’Afrique de l’Est (2005), le marché commun (2010) et le protocole de l’Union monétaire (2013) ont considérablement réduit les droits de douane, les exigences en matière de visa et les coûts de transaction. Ces instruments politiques ont permis de fluidifier les flux commerciaux et de donner un nouveau souffle à des produits traditionnels comme le malewa. Les commerçants transfrontaliers informels, dont la majorité sont des femmes, sont désormais de plus en plus reconnus comme des acteurs clés de l’intégration économique régionale.
Selon un agent de l’Administration fiscale ougandaise affecté à la douane frontalière de Busia, qui s’est entretenu avec l’auteur de cet article à condition que son nom ne soit pas divulgué, « de nombreux progrès ont été réalisés depuis le processus d’intégration avec la mise en place de l’union douanière en 2005, du marché commun en 2010 et la signature du protocole de l’union monétaire en 2013 ».
Il a ajouté que « cette coopération a apporté des avantages tels que la réduction des coûts de transaction des produits locaux comme le malewa, la création de marchés plus importants, la stimulation des investissements et de l’industrialisation, et la mise en place d’un développement social qui a permis d’assurer la paix et la stabilité politique dans la région ».
Les femmes au cœur de la migration du malewa
Mme Irene Wabule Walimbawa trie le malewa déjà emballé destiné à l’exportation vers les pays de l’Union européenne. Photo prise par Phoebe Masongole
Au cœur du succès du malewa se trouvent des femmes comme Irene Wabule Walimbawa, qui supervise le tri et l’emballage des produits malewa destinés à l’exportation. Les femmes sont profondément impliquées à chaque étape de la chaîne de valeur, depuis la récolte des pousses de bambou sur des pentes escarpées jusqu’à la transformation, le fumage, le séchage et la vente du produit fini sur les marchés urbains. À Mbale, Jinja et Sironko, des communautés entières ont organisé des collectifs informels de femmes qui coordonnent les calendriers de récolte et de séchage afin de répondre à la demande croissante.
Pourtant, ce travail n’est pas sans risques. « Pendant la saison des pluies, les sols meubles de la montagne peuvent être mortels », explique Mme Sylvia Namono, du district de Sironko. Malgré les dangers, elle continue à récolter et à préparer le ùalewa, qu’elle vend sur les marchés locaux et régionaux. « C’est ainsi que je nourris ma famille », ajoute-t-elle. Le bambou doit être récolté à un âge précis et séché rapidement pour éviter la moisissure, ce qui exige à la fois savoir-faire et résilience physique.
Nombre de ces femmes ont trouvé le moyen de transformer leur savoir alimentaire traditionnel en activité économique. À Mbale, où le malewa est un aliment de base, des coopératives dirigées par des femmes le conditionnent pour le vendre dans des supermarchés et des restaurants à travers l’Ouganda et le Kenya. Leur stratégie de marque comprend des emballages biodégradables, des fiches recettes et les coordonnées d’acheteurs réguliers. Certaines femmes ont commencé à former d’autres femmes à la sécurité alimentaire et à l’assurance qualité, formant ainsi une nouvelle génération d’agro-entrepreneurs enracinés dans le savoir autochtone.
Du mets cérémoniel à l’aliment de base régional
Des malewa (pousses de bambou) fumées exposées à la vente dans les rues de la ville de Mbale. Photo de Phoebe Masongole
Traditionnellement servi lors des imbalu (rituels de circoncision des Bagisu) et des mariages, le malewa est depuis longtemps un symbole d’unité et de transition. « On pensait qu’il rendait les garçons courageux », explique M. Abubakr Dawa, un ancien de 75 ans. Aujourd’hui, sa signification a évolué. Avec sa saveur distinctive, qui rappelle celle des champignons forestiers, et sa compatibilité avec des aliments de base comme le millet et les patates douces, le malewa est devenu un plat réconfortant régional.
L’unité entre les Bagisu en Ouganda, les Bakusu et les Luhya a permis de populariser la consommation et la vente de malewa dans les grandes villes du Kenya, notamment à Nairobi, Bungoma, Kakamega, Nakuru et même Mombasa. « J’ai goûté le malewa pour la première fois lors d’un mariage à Mbale », raconte Monica Wangari, originaire du Kenya. « Aujourd’hui, je demande toujours à mes amis d’en apporter. Cela m’évoque nos propres plats traditionnels oubliés ».
Cette renaissance du patrimoine culinaire contribue également à façonner l’identité régionale. « Le malewa est devenu plus qu’un simple aliment », déclare Steven Masiga, porte-parole de l’institution culturelle Inzu ya Bamasaba. « Il rassemble les gens par le biais d’une mémoire culturelle et des saveurs communes. »
Élargir les horizons à l’échelle internationale

Des huiles pour le corps et d’autres produits à base de pousses de bambou fraîches sont vendus dans les supermarchés. Photo prise par Phoebe Masongole.
Si le malewa prospère en Afrique de l’Est, son rayonnement s’étend désormais à l’Europe. John Kariuki Mwangi, homme d’affaires basé à Nairobi et représentant de la Fondation Slow Food pour la biodiversité, mène les efforts visant à faire découvrir le malewa aux consommateurs soucieux de leur alimentation en Allemagne, en France, en Italie et en Suisse.
« Grâce à Earth Markets, nous proposons des produits locaux de saison comme le malewa à des prix modérés », explique M. Mwangi. « Mais surtout, nous créons des espaces d’échange et d’éducation pour la communauté. »
Le soutien de l’UE a permis de développer la marque, la certification et la logistique d’exportation du produit. Les centres d’exportation de Nairobi coordonnent les expéditions vers les marchés européens, tandis que les femmes ougandaises continuent de récolter et de préparer les pousses de bambou qui constituent la base du plat.
Défis de la récolte et lacunes des politiques
Des morceaux de malewa fumé ont été nettoyés et sont prêts à être emballés pour l’exportation. Photo prise par Phoebe Masongole
Malgré sa popularité croissante, le parcours du malewa n’est pas sans obstacles. La récolte dans le parc national du mont Elgon est strictement réglementée. « Nous autorisons une récolte contrôlée pour éviter le braconnage et la destruction de l’habitat », explique Mme Christine Lynn Nakayenze, de la Uganda Wildlife Authority (l’Autorité ougandaise responsable des espèces sauvages). Le personnel accompagne les habitants pendant la saison des récoltes pour s’assurer du respect de la réglementation.
« C’est un travail intensif et assez exigeant », dit-elle, ajoutant : « Une botte de fibre de malewa coûte 4 000 shillings ougandais, ce qui équivaut à 1 dollar. Une botte de malewa sert à environ 10 personnes ».
De plus, les tentatives de culture du bambou dans les zones de plaine se sont avérées difficiles. « L’écosystème unique des montagnes ne peut pas être facilement reproduit », explique M. Richard Wopata, un chef local. Des bailleurs de fonds internationaux, dont le Royaume-Uni et les Pays-Bas, ont soutenu les efforts de domestication du bambou, mais les résultats restent limités.
Les femmes, qui dominent la chaîne de valeur, sont également confrontées à des problèmes d’accès au marché et manquent de soutien pour augmenter leur production. « La reconnaissance du malewa comme culture d’exportation pourrait contribuer à formaliser son commerce et à attirer les investissements », déclare le ministre ougandais du Commerce, M. Francis Mwebesa. Des programmes tels que la politique Buy Uganda Build Uganda (BUBU) fournissent un cadre pour l’amélioration de la production locale et de la valeur ajoutée.
Le rôle des politiques et de l’intégration régionale
La politique BUBU de l’Ouganda, parallèlement à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), offre des opportunités concrètes pour stimuler le commerce intra-africain. En supprimant les barrières commerciales et en simplifiant les formalités administratives liées au commerce transfrontalier, ces initiatives ont permis aux petites entreprises, souvent dirigées par des femmes, de participer plus pleinement au commerce régional.
Dans le cadre de la ZLECAf, les droits de douane sur la plupart des marchandises devraient être progressivement supprimés et les normes nationales sont en cours d’harmonisation dans tous les pays africains. Il est ainsi plus facile pour les produits locaux comme le malewa de trouver de nouveaux marchés à travers le continent.
Le malewa et le tourisme alimentaire
Le secteur en pleine croissance du tourisme gastronomique en Ouganda stimule également la demande. Selon l’Office du tourisme ougandais, le pays a accueilli 1 371 895 touristes internationaux en 2024. Ce chiffre représente une augmentation de 7,7 % par rapport aux 1 274 210 visiteurs enregistrés en 2023, ce qui a stimulé le secteur avec une hausse significative de 25,9 % des recettes, pour un total de 1,28 milliard de dollars américains. Le malewa est devenu une attraction culinaire dans les hôtels cinq étoiles qui accueillent ces touristes, tels que le Mbale Resort, le Munyonyo Speke et le Serena Hotel.
Les visiteurs découvrent souvent le malewa lors de dîners culturels, d’expositions culinaires et même d’événements consacrés à la biodiversité, tels que « Biodiversity Bites » du CIAT, qui mettent en avant les cultures traditionnelles. Bien qu’il ne soit présenté qu’occasionnellement, la présence du malewa lors de tels rassemblements souligne son rôle dans la transmission de l’histoire agricole et culturelle de l’Afrique, et souligne son rôle dans la narration de l’histoire agricole et culturelle de l’Afrique.
L’avenir du malewa : de la marginalité à la popularité

Des pousses fraîches de malewa (bambou) ont été récoltés pour être transformés et exportés. Photo prise par Phoebe Masongole
De plus en plus de voix s’accordent à dire que le malewa mérite l’attention des universitaires et des décideurs politiques. Les professeurs John Muyonga et Archileo Kaaya, du département des sciences alimentaires de l’université de Makerere, plaident tous deux en faveur de la recherche sur le profil nutritionnel et le potentiel agricole du malewa.
« Si nous voulons garantir la sécurité alimentaire et préserver les connaissances autochtones, nous devons étudier et soutenir des cultures telles que le malewa », explique le professeur Kaaya. La recherche pourrait déboucher sur des innovations en matière de culture, de transformation et de commercialisation qui profiteraient aux femmes et aux communautés tout au long de la chaîne de valeur.
En attendant, des anciens comme M. Dawa continuent de raconter l’histoire de l’origine du malewa : les premiers migrants bagisu, cherchant refuge dans les grottes de la montagne, ont découvert les pousses de bambou comme source de nourriture. « C’était un aliment de survie », dit-il. « Mais aujourd’hui, c’est un aliment qui rassemble les gens. » Il précise toutefois que « le malewa se mange en accompagnement. Il n’est pas destiné à être consommé seul, mais comme amuse-bouche. Il ne faut donc pas en abuser. ».
Un symbole régional d’unité et de travail des femmes
En fin de compte, la migration du malewa est une histoire de résilience et de fierté culturelle qui touche particulièrement les femmes. C’est l’histoire de femmes qui escaladent des montagnes, bravent la faune sauvage, font sécher des pousses de bambou dans des grottes et transportent leur culture dans des paniers vers des villes lointaines. Grâce à leur travail, le malewa est devenu un mets transfrontalier, un moyen de subsistance et une métaphore politique de l’intégration panafricaine.
Dans une région où la migration est souvent associée à une situation de crise, le malewa offre une perspective différente, où les déplacements favorisent la diffusion culturelle, la solidarité et la prospérité partagée. C’est un plat qui, par ses origines modestes et son arôme fumé, nous rappelle que les frontières africaines ne sont pas des murs, mais des ponts.
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Clause de non-responsabilité : Ce contenu a été produit dans le cadre du projet Move Africa, commandé par la Commission de l’Union africaine et soutenu par la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH. Les points de vue et les opinions exprimés sont ceux des auteurs uniquement et ne reflètent pas nécessairement ceux de la GIZ ou de l’Union africaine.
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Copyright 2020. African Women In Media
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