Inside AWiM25 at the African Union: Scheherazade Safla on Gender,
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Traduit en français par Ngo Ngimbous Fidèle Juliette
Un matin chaud d’octobre à Nairobi, Chimwemwe Chidulen sort d’un bus, tenant un sac plastique contenant des documents, des vêtements et une détermination ardente de suivre.
Deux ans plus tôt, on lui avait diagnostiqué un cancer du col de l’utérus au Malawi, un pays où il n’y avait encore aucun service de chimiothérapie à l’époque. Elle était finalement arrivée au Kenya, une nation aussi évolutive sur le plan médical en Afrique de l’Est.
Elle faisait partie des douze femmes à travers les frontières dont le traitement était autrefois considéré hors de portée. Pour Chimwemwe et plusieurs autres femmes comme elle, venir au Kenya n’était pas seulement une question géographique ; il s’agissait également d’un passage entre le désespoir et la possibilité de guérir.
Alors que l’Afrique lutte contre des inégalités persistantes en matière de santé, la nouvelle initiative du Kenya en matière de tourisme médical modifie la façon dont les Africains se font soigner et qui peut vivre. En mai 2024, le secrétaire du cabinet du tourisme et de la faune, le Dr Alfred Mutua, a officiellement annoncé un projet d’ensemble pour faire du Kenya une destination phare du tourisme médical en Afrique.
« Le Kenya n’est pas seulement ouvert aux touristes. Nous fournissons désormais des soins de santé de qualité pour nos frères africains, offrant des hôpitaux, des spécialistes et un régime d’octroi de visas de haut niveau, » déclara-t-il.

Cette évolution s’explique par la prise de conscience que la possibilité de voyager librement pour accéder aux soins de santé sans obligation de visa sur le continent est essentielle pour lutter contre des maladies telles que le cancer du col de l’utérus, nécessitant un traitement spécialisé qui jusqu’ici n’est pas disponible dans certaines nations africaines.
Le rapport annuel de 2024 sur la performance du secteur du tourisme montrait que le Kenya a accueilli 10 602 visiteurs ayant besoin des soins médicaux. Le tourisme médical était classé parmi les dix principales raisons pour lesquelles le pays était visité, mettant l’accent sur le statut émergent du Kenya comme destination clé pour les services sanitaires.
Parmi ces visiteurs avec des objectifs médicaux se trouvait Chimwemwe, une jeune maman malawienne de deux enfants, à qui on avait diagnostiqué un cancer du col de l’utérus en 2022. Elle pensait qu’elle était arrivée au bout de sa vie, comme plusieurs autres personnes au Malawi.
D’après les statistiques du cancer du col de l’utérus et le plan stratégique du cancer du col de l’utérus, le Malawi a le deuxième taux le plus élevé de décès liés au cancer au monde, avec 51,5 décès sur 100 000 femmes par an, dépassé uniquement par l’Eswatini.
Le Malawi n’avait pas de services de chimiothérapie en 2022, limitant les options de traitement pour les femmes atteintes du cancer du col de l’utérus. Aussi connu sous le nom de thérapie de radiation, ce service médical, considéré comme le premier en matière de traitement pour de telles maladies, n’était pas disponible dans le pays jusqu’en février 2025.
Avant cette date, plusieurs patientes atteintes de cette maladie étaient envoyées à l’étranger, au Kenya, en Tanzanie ou en Inde pour avoir des soins palliatifs. Chimwemwe était venue au Kenya afin d’avoir accès à ce traitement essentiel.
« Lorsqu’on m’a diagnostiqué le cancer du col de l’utérus, j’avais peur, » confia Chimwemwe. « Cependant, lorsque j’ai su que je pouvais aller au Kenya pour me faire soigner, j’étais soulagée. Il ne s’agit pas uniquement du traitement, mais plutôt d’avoir la chance de vivre et de retourner auprès de ma famille. »
Le cancer du col de l’utérus peut être évité, mais demeure une grande menace pour les femmes travers le monde. La plupart des cas sont causés par un virus appelé HPV (virus du papillome humain), qui se transmet par les rapports sexuels.
Au Malawi, plus de 4 000 femmes sont diagnostiquées du cancer du col de l’utérus chaque année, représentant 24% des cas de cancer dans tout le pays. D’après l’observatoire mondial de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’accès limité au traitement a participé à un taux de mortalité alarmant, avec 2 905 femmes ayant perdu la vie à cause de cette maladie en 2020.

En 2022, le cancer du col de l’utérus était classé parmi les cinq cancers les plus fréquents au Malawi, enregistrant 4 701 cas pour un taux de 37,8% chez les femmes. Depuis 2022, environ 50 femmes originaires du Malawi ont été envoyées au Kenya pour la chimiothérapie.
Pour Chimwemwe, ce déplacement a ajouté un stress financier au diagnostic qui était lui aussi déjà stressant, particulièrement pour une mère célibataire de deux enfants n’ayant pas d’emploi formel. La maladie avait déjà interrompu sa vie quotidienne, faisant des tâches les plus simples des défis.
Heureusement, elle était parmi les deux femmes sponsorisées par l’organisation Médecins sans Frontières (MSF), pour aller se faire soigner au Kenya en 2024. Chiduleni admet qu’elle était à la fois heureuse et nerveuse de partir sans ses jeunes enfants.
« J’étais un peu soucieuse, car je suis la première fille, donc je suis en charge du reste de la famille, » a-t-elle confié. « Toutefois, avec les encouragements les uns des autres, j’ai surpassé mes peurs et j’étais déterminée à aller et recevoir ce traitement.
« La partie du voyage que j’ai le plus aimé était le début, lorsque toutes les femmes étaient fortes et heureuses, chantant et dansant ensemble. Toutefois, au fur et à mesure que le traitement évoluait et que certaines devenaient très faibles, il était difficile de garder cette joie.
« Ma première nuit après mon arrivée au Kenya était très belle. En effet, c’était le premier pays que je visitais en dehors du Malawi. Nous avions été briffées sur le programme au Malawi, nous devions faire la chimiothérapie et une lumière spéciale devait être utilisée pour bruler le cancer.
« On m’avait également parlé d’une sonde qui devait être placée dans mon corps. Je n’étais pas surprise par le traitement. J’avais remarqué qu’il y avait un changement considérable avec ce traitement. Le voyage m’a appris beaucoup de leçons.
« J’ai appris à vivre avec différentes personnes et comment gérer les différents types de personnalités au Kenya. L’amour des Kenyans avec qui j’ai échangé me manquera, leurs soins et les différentes bonnes nourritures. »
Pendant ses six semaines à l’hôpital, elle avait même appris quelques mots basiques en Kiswahili et un peu d’anglais.
Chimwemwe avait d’abord remarqué que quelque chose n’allait pas deux ans plus tôt avant d’aller voir un médecin plus tard. Elle ignorait les symptômes, car elle pensait qu’il s’agissait d’une petite infection.
« Ma condition s’est aggravée parce que j’ai tardé à me faire dépister. Je suis désormais engagée à parler du cancer du col de l’utérus dans ma communauté et à encourager les femmes à aller se faire dépister. Cette maladie est curable. »

Nessie Kasiyabweya, mère célibataire âgée de 50 ans, a aussi bénéficié du voyage du Malawi pour le Kenya.
« Lorsqu’on m’a diagnostiqué le cancer, j’étais si stressée, » confia-t-elle. « Mes revenus provenaient uniquement de l’agriculture à petite échelle. Cette maladie a paralysé mes activités.
« Lorsqu’on m’a annoncé que j’étais sur liste des personnes qui iraient au Kenya pour la chimiothérapie, je l’ai dit à ma famille. Ils étaient aussi ravis de la nouvelle que moi. Plusieurs femmes étaient mortes prématurément parce qu’elles n’avaient jamais eu ce privilège.
« Je suis de retour à présent, je vais reprendre la plupart de mes activités. Tous mes enfants dépendent de moi pour leurs frais de scolarité et leurs nutritions. Je vois à nouveau un avenir radieux, je reprendrai l’agriculture par irrigation comme avant. »

Depuis 2018, MSF et le ministère de la Santé au Malawi mènent un projet relatif au cancer du col de l’utérus afin de fournir un traitement efficace et à fort impact à travers un programme complet incluant le dépistage, les consultations, la chirurgie spécialisée et les soins palliatifs pour les patientes à un stade avancé.
Selon le Dr Catherine Karekezi, directrice exécutive de l’Alliance pour les maladies non transmissibles (MNT) au Kenya, les hôpitaux kenyans sont relativement mieux équipés pour traiter le cancer du col de l’utérus et d’autres formes de cancer que de nombreux pays dans la région.
« Nous avons actuellement environ six unités de chimiothérapie réparties à travers le pays. Cela nous donne un avantage considérable lorsqu’il s’agit de la gestion du traitement du cancer. »
Toutefois, le Dr Karekezi reconnait les problèmes financiers et émotionnels que rencontrent les femmes qui doivent quitter leurs pays à la recherche du traitement. « Cela constitue un grand défi. Le cancer est une maladie chronique, dangereuse pour la vie et vivre avec cela est déjà moralement et émotionnellement bouleversant. »
Les expériences de Chimwemwe et de Nessie mettent en lumière les vastes complications de la migration pour les femmes. L’accès au traitement peut changer les vies, offrant aux femmes l’opportunité de reprendre le contrôle sur leurs conditions de vie, leurs familles et leur avenir.

Dans un continent où les femmes sont souvent confrontées à des contraintes supplémentaires relatives à l’accès aux soins de santé, les programmes tels que celui que propose MSF au Malawi permettent non seulement le rétablissement physique, mais aussi la restauration de la dignité pour la moyenne des femmes africaines.
Tandis que plus de pays africains ouvrent leurs frontières au tourisme médical, les femmes ont un moyen de lutter contre les maladies qui autrement n’auraient aucun traitement dans leurs pays d’origine, à un coût abordable.
« La création des centres spécialisés dans le traitement du cancer coûte chère, mais cela est nécessaire. Le cancer du col de l’utérus est l’un des rares cancers qui peuvent être traités s’ils sont découverts tôt, » ajouta Karekezi. « C’est pourquoi nous devons investir davantage dans la sensibilisation, encourager les dépistages réguliers, et sensibiliser les femmes sur les signes et les symptômes afin qu’elles n’ignorent pas les premiers signes annonciateurs et puissent chercher à être soignées à temps.
Sylvie Goossens, ex-directrice du projet MSF pour le cancer du col de l’utérus au Malawi, met l’accent sur le fait que ce programme est une bouée de sauvetage pour plusieurs. « Sans ce système, plusieurs femmes n’auraient pas accès au traitement dont elles ont besoin. Il ne s’agit pas uniquement de chimiothérapie, mais de donner aux femmes une chance de survivre.
Le Dr George Chilinda, chirurgien oncologue pour MSF à l’hôpital Queen Elizabeth, a également souligné l’importance de répandre le traitement du cancer du col de l’utérus à travers la région.

« Le vaccin et le dépistage du HPV sont vitaux, mais sans traitement, plusieurs patientes mourront à cause de cette maladie qui peut être évitée, » expliqua le Dr Chilinda. « Cette initiative démontre la force de la collaboration à travers les frontières africaines et souligne la nécessité de fournir davantage d’efforts en ce qui concerne les soins de santé afin qu’aucune femme n’ait à quitter son pays pour survivre. »
Lorsque Chimwemwe prit finalement le bus pour rentrer au Malawi, son corps était faible, mais son esprit était tranquille. Dans son sac se trouvaient les papiers de sortie, quelques médicaments restants et un petit carnet dans lequel elle avait noté des phrases en Kiswahili et les noms des infirmiers qui lui avaient tenu la main pendant les mauvais jours. Ce qu’elle emporta à la maison par-dessus tout était le fait de savoir que la survie est possible lorsque les frontières sont ouvertes et que les systèmes fonctionnent.
Alors que le traitement contre le cancer devient un acte de solidarité transfrontalier, il n’y a plus que les médecins et les machines qui sauvent les vies, mais il y a également l’invisible architecture d’accès, de politiques et de volonté politique. Pour plusieurs femmes à travers l’Afrique, le chemin vers la guérison est encore long, mais il n’est désormais plus hors de portée.
En février 2025, les femmes atteintes au cancer au Malawi ont été épargnées du voyage lorsque le centre national de lutte contre le cancer du Malawi (MNCC) à l’hôpital central de Lilongwe a commencé à offrir des services de chimiothérapie.
Vivez le voyage en entier. Regardez le documentaire ci-dessous pour voir comment le traitement du cancer à travers les frontières réécrit ce qui est possible pour les femmes à travers l’Afrique:
Ce contenu a été produit dans le cadre du projet Move Africa, commandé par la Commission de l’Union africaine et soutenu par la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH. Les points de vue et les opinions exprimés sont ceux des auteurs uniquement et ne reflètent pas nécessairement ceux de la GIZ ou de l’Union africaine.
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Copyright 2020. African Women In Media
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