Inside AWiM25 at the African Union: Scheherazade Safla on Gender,
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Traduit en français par Ngo Ngimbous Fidèle Juliette
Le long de l’avenue Cooper Complex, en pleine effervescence, dans le centre-ville de Kampala, on entend de la musique lingala. Par une matinée fraîche, Mme Bongo Honoring, 40 ans, se prépare à tresser les cheveux d’une de ses clientes.
L’ambiance est joyeuse dans son salon, où les clientes attendent chacune son tour. Après avoir connu une enfance marquée par la guerre au Congo, Mme Bongo est aujourd’hui une coiffeuse à succès et propriétaire d’un salon en Ouganda. Elle est une source d’espoir pour sa famille et son entourage.

Originaire de Bukavu, capitale de la province du Sud-Kivu en RDC, Bongo est arrivée en Ouganda en 2015 en passant par le Rwanda, via le poste frontière de Bunagana dans le district de Kisoro. Elle est restée à Kisoro pendant deux mois, jusqu’à ce qu’une amie l’invite à Kampala et lui trouve un emploi comme blanchisseuse.
Là, la barrière de la langue a affecté ses performances… et motivé son rêve de travailler dans un salon de coiffure.
« Chez nous, nous nous coiffions tous les uns les autres, j’avais donc appris les bases du tressage avec ma famille. »
Elle s’est rapidement rendue à Jinja, dans l’est de l’Ouganda, pour développer ses compétences en coiffure. Il lui était facile d’apprendre et de s’exercer sur les cheveux de ses amis le soir. À Jinja, on parlait le swahili, une langue qu’elle comprenait bien. Cela a permis à Bongo de s’adapter facilement à la dynamique du métier.
« Mon rêve était d’ouvrir mon propre salon. Je voyais cela comme une opportunité de travailler à mon compte », explique-t-elle.
Cependant, son retour à Kampala depuis Jinja n’a pas été une partie de plaisir. L’un de ses employeurs dans la ville lui payait une misère parce qu’elle ne savait pas s’exprimer correctement en anglais.
Écoutez Bongo parler : https://youtu.be/UBzYVbUPud4
En 2018, Bongo s’est inscrite à un cours de coiffure à la Fédération of Beauty and Salon de Kawempe, à l’issue duquel elle a obtenu un certificat en coiffure et stylisme, ainsi qu’un permis de travail. Cela lui a permis d’obtenir une licence pour exploiter un salon et former des jeunes femmes intéressées par ce métier.
Au fil des ans, elle s’est constitué une importante communauté de followers sur les réseaux sociaux, en particulier sur Instagram, où la plupart de ses clients l’ont découverte.
« Une cliente est tombée amoureuse de mon travail et a créé ce compte Instagram pour moi. Après que je lui ai fait une coiffure impeccable, elle m’a suppliée de faire une vidéo et de la partager sur les réseaux sociaux », raconte Bongo.
« À l’époque, je ne parlais pas très bien anglais, alors je lui ai demandé de le faire pour moi. Elle a publié la plupart de mes travaux de ce jour-là et m’a appris tout le processus de mise en ligne. Plus tard, j’ai commencé à recevoir des appels de personnes qui avaient interagi avec mes publications et qui sollicitaient mes services, et c’est ainsi que ma page Instagram s’est développée. »

Les clients appelaient pour demander le prix d’une coiffure, prendre rendez-vous et négocier.
Pour Bongo, son service est plus qu’une simple source de revenus. C’est une source d’espoir pour les autres. Elle emploie aujourd’hui quatre personnes à temps plein et deux travailleurs occasionnels.
« Ma famille vit bien, et les femmes avec lesquelles je travaille s’en sortent également très bien. »
À propos de ce qui attire les clients dans son salon, et en particulier dans ceux des autres femmes congolaises du centre, Bongo explique que les tresseuses congolaises sont persévérantes et font tout leur possible pour que le client soit satisfait du résultat. Elles ont le souci du détail et réalisent des tresses soignées.
« Nous consacrons suffisamment de temps aux cheveux de nos clients, car nous voulons qu’ils reviennent dans notre salon », dit-elle.
« Quand nous étions encore au Congo, les gens disaient que les coiffeurs ougandais ne savaient que traiter les cheveux, mais pas les tresser. Je suis venue en Ouganda pour exploiter cette opportunité, et maintenant, je maîtrise les deux techniques. »
Grâce à la ruée pour les tresses congolaises dans le complexe, Bongo peut épargner chaque mois après avoir couvert toutes les dépenses du salon et subvenu aux besoins de sa famille.

Maria Flora Tumisiime est une employée ougandaise du Uncle Joel’s Salon, et elle est à ce jour la meilleure coiffeuse spécialisée dans les tresses africaines du salon. Bongo lui a fait découvrir ce style, qui consiste à tisser des sections carrées diagonales soignées dans les cheveux naturels à l’aide d’extensions de différentes couleurs et longueurs.
« Je suis très reconnaissante envers Honor pour ce que je suis aujourd’hui. Je voulais apprendre la coiffure et l’esthétique afin de pouvoir gagner ma vie et subvenir aux besoins de mes enfants », explique Flora. Cependant, elle n’avait pas les moyens de suivre une formation en esthétique.
« Quand je suis arrivée au Uncle Joel’s Salon, je ne savais que laver les cheveux des clients, mais Honor m’a formée à toutes les techniques de tressage en huit mois. Ça a été difficile, mais je m’y suis investie à fond.
« Nous sommes maintenant comme une famille ici. Nous nous entraidons en tout. »
Flora décrit Mme Bongo comme une personne très patiente et innovante qui trouve toujours le moyen de gagner le cœur des clients. Cette mère de trois enfants âgée de 30 ans est aujourd’hui une super tresseuse au salon. Les compétences qu’elle a acquises auprès de Mme Bongo lui ont permis de subvenir à ses besoins et à ceux de ses enfants.
Le tissu kitenge, magnifiquement chaotique, est très répandu dans les rues de Kampala, en Ouganda.
Des pièces aux couleurs et aux motifs saisissants attirent le regard, car les vêtements traditionnels congolais ont gagné en popularité dans le pays au fil des ans. Les femmes de l’élite ougandaise et soudanaise, en particulier, ont adopté ce tissu et le style élégant du bazin.

Anifa Asobwe, plus connue sous le nom de Mama Neema, styliste et commerçante spécialisée dans les styles modernes bazin et kitenge à Kinshasa, la capitale de la RDC, a décidé d’ouvrir sa boutique pour honorer l’héritage de sa mère.
En grandissant, elle aimait se voir belle.
« Cette façon de s’habiller correspond à ma culture. Au Congo, les femmes portent des vêtements longs en signe de dignité », explique Asobwe. Le nom de sa boutique, Urembo, exprime le goût de Mama Neema pour le style et l’élégance.
Depuis 15 ans, Mama Neema parvient à subvenir à ses besoins et à envoyer de l’argent à Kinshasa pour financer les études de ses frères et sœurs.

Mama Neema s’approvisionne en magnifiques tissus kitenge à Kinshasa, en République démocratique du Congo, et en bazin au Bénin, au Nigeria, au Mali et au Sénégal. Ces tissus sont très prisés pour les mariages, les fêtes spéciales et les célébrations sur le lieu de travail, car ils confèrent un certain prestige. Le luxe de ces tissus est un signe de statut social. Ils ne sont pas réservés qu’aux femmes d’âge mûr, mais ont également été adoptés par les jeunes de Kampala.
« Ces robes donnent l’impression d’être une tante riche », a déclaré une cliente.
Mama Neema a également incité des femmes entrepreneurs ougandaises à se lancer dans ce commerce.
Ndagire Josephine, 32 ans, autrefois cliente, est aujourd’hui commerçante de textiles et vend des tissus kitenge à Kampala. Elle attribue sa connaissance des tissus à Mama Neema.
Ecoutez Mama Neema parler (Swahili) : https://youtu.be/O2uB0ZcBWM0
Le style dynamique congolais et la capacité à mélanger les motifs africains traditionnels avec des motifs modernes ont également rendu ces tissus très prisés et en ont fait une idée commerciale lucrative.
À Nsambya, une banlieue de Kampala, Zahabu Martha, 29 ans, réalise ses rêves, un tissu à la fois. Dans son atelier rudimentaire, la créatrice derrière Zahabu Couture, une paire de ciseaux noirs à la main, découpe de magnifiques modèles dans différents tissus, centimètre par centimètre.
« Pour moi, la mode va au-delà de la création de beaux modèles », dit-elle. « Il s’agit d’évoquer des émotions et de créer des impressions durables. »
L’amour de Zahabu pour la mode est né à Goma, en RDC, où elle a appris les bases de la création dans l’atelier de son frère.
« J’ai commencé dans l’atelier de mon frère à Goma il y a sept ans. J’avais fait une pause dans la création, mais en arrivant à Kampala, j’ai dû trouver un moyen de subvenir à mes besoins financiers », explique-t-elle. « Les compétences acquises dans l’atelier de mon frère m’ont incitée à rechercher activement un emploi, ce qui m’a permis d’économiser de l’argent pour acheter une machine à coudre. »
Incapable de payer le loyer d’un local commercial dans le centre-ville, elle a transformé un coin de son salon en atelier. C’est là, entourée de sa famille, que ses créations prennent vie, et Zahabu est déterminée à se faire un nom.

« Les loyers à Kampala sont beaucoup trop élevés, mais cela ne limitera pas ma créativité », dit-elle.
Dans son studio, Zahabu me guide à travers le processus de création d’une de ses tenues emblématiques, expliquant comment le paysage numérique influence davantage la diffusion du style congolais. Alors qu’elle effectue plusieurs tâches, enregistrant sans effort sa séance de couture pour son public grandissant sur les réseaux sociaux @ZahabuCouture, elle me montre que sa présence en ligne est à la fois son portefeuille et son journal de bord professionnel. Elle y documente son parcours dans le milieu très concurrentiel de la mode à Kampala. Grâce à TikTok, elle reçoit des commandes pour différents modèles, en particulier ses best-sellers : le kimono, le boubou et les robes à double boutonnage.
« Je rêve de vendre mes créations à de plus grandes marques de mode à Kampala », dit-elle. À Nsambya, la communauté d’accueil a appris à reconnaître et à apprécier le talent de Zahabu.
Ecoutez Mama Neema (anglais) : https://youtu.be/0FnyYtu14IQ
L’industrie de la mode et du textile en Ouganda est soumise à des taxes élevées, en particulier sur l’importation de tissus. La taxe de 3,5 dollars américains par kilo de tissu à titre de droit à l’importation est souvent répercutée sur le consommateur. Cela a limité la concurrence entre les entreprises de mode locales, y compris celles gérées par des migrants. Les taxes s’accompagnent de procédures douanières complexes qui entravent le commerce transfrontalier, limitant ainsi l’accès de l’Ouganda aux marchés régionaux.
Lorsque le protocole du marché commun de l’Afrique de l’Est (COMESA) est entré en vigueur en 2010, il promettait une circulation sans entrave de la main-d’œuvre entre les États membres, une vision d’ouverture des frontières et de partage des opportunités. Malgré les garanties du protocole, les autorités ougandaises exigent toujours des citoyens des pays de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) qu’ils obtiennent un permis de travail.

Pour de nombreux travailleurs aspirants, en particulier dans le secteur très dynamique de la mode et de la beauté, le processus est lent, incohérent et coûteux. Cela est particulièrement vrai pour les femmes comme Bongo et Zahabu, qui travaillent dans le secteur informel et dont la contribution alimente une grande partie de l’économie créative et des services en Afrique de l’Est. Le cadre migratoire de la CAE permet la libre circulation, mais offre peu de protections ou de politiques claires pour les femmes migrantes intrarégionales qui travaillent en dehors de l’économie formelle.
Cependant, l’accord sur la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), dont l’Ouganda est signataire, prévoit la suppression progressive des droits de douane sur 90 % des marchandises échangées entre les États membres. Pour les pays en développement comme l’Ouganda, le processus de suppression s’étale sur 10 ans, et pour les pays moins développés (PMD), sur cinq ans.
Le Forum ministériel régional sur les migrations pour l’Afrique de l’Est et la Corne de l’Afrique, une initiative multilatérale en pleine expansion qui en est à sa sixième année, vise également à redéfinir le discours. Son objectif principal est de mettre en évidence et d’exploiter l’impact de la migration de main-d’œuvre sur le développement en Afrique de l’Est, en plaidant en faveur de politiques qui reconnaissent les travailleurs migrants comme des catalyseurs de la croissance économique locale.
À mesure que les politiques rattrapent la réalité, de plus en plus de femmes qui traversent les frontières pour travailler commencent à trouver une protection contre les obstacles juridiques, financiers et culturels discrets qui se dressaient autrefois sur leur chemin.
Regardez la courte histoire de Zahabu Martha :
Ce contenu est produit dans le cadre du projet Move Africa, commandé par la Commission de l’Union africaine et soutenu par la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH. Les points de vue et opinions exprimés sont ceux des auteurs uniquement et ne reflètent pas nécessairement ceux de la GIZ ou de l’Union africaine.
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Copyright 2020. African Women In Media
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