Inside AWiM25 at the African Union: Scheherazade Safla on Gender,
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Traduit en français par Ngo Ngimbous Fidèle Juliette
Au cœur de l’Afrique australe se trouve un petit royaume à la culture dynamique et à l’esprit accueillant : l’Eswatini. Au cours des deux dernières décennies, ce pays est devenu un phare pour les migrantes de tout le continent.

En 2017, 22 564 personnes vivant au Eswatini étaient des ressortissants étrangers, soit environ 2 % de la population.
Des entrepreneurs kenyans créant des opportunités économiques aux infirmières zimbabwéennes, en passant par les enseignants zambiens, les femmes de ménage mozambicaines et les médecins éthiopiens fournissant des services de santé essentiels, ces migrants tissent un récit fort de collaboration, d’innovation et d’échange.
À leur arrivée au Eswatini, ils découvrent un paysage d’une beauté naturelle à couper le souffle, une communauté chaleureuse et accueillante, et un environnement serein caractérisé par un rythme de vie tranquille.
La riche diversité culturelle renforce le charme du pays. Les sourires chaleureux des habitants, les marchés animés regorgeant de produits colorés et les éclats de rire créent une atmosphère à la fois étrangère et familière.

L’Eswatini est également perçu comme un refuge plus sûr que les pays en proie à la guerre ou à des troubles politiques, ce qui en fait un choix idéal pour ceux qui cherchent à échapper à des conditions difficiles et à mener une vie pleine et riche en opportunités.
Mais les histoires des migrantes au Eswatini ne se résument pas à des réussites individuelles ; elles incarnent l’esprit d’une renaissance africaine.
Leur arrivée au Eswatini a marqué une renaissance de l’identité culturelle, de l’autonomisation économique et de la cohésion sociale au sein de cette petite nation.
Ces femmes d’horizons divers tissent un récit qui reflète le potentiel dynamique de l’Afrique à mesure qu’elles s’établissent dans leur nouvelle patrie. Au cœur de cette renaissance, les femmes migrantes apportent avec elles de riches traditions, cuisines et pratiques qui enrichissent la culture locale.
Adeola Okebanjo, la propriétaire nigériane du restaurant Dee’s, a fait découvrir à la communauté swazie de nouvelles saveurs et expériences culinaires.
« Les Swazis adorent ma cuisine. Je propose des plats nigérians au Eswatini, et les gens les adorent », dit-elle.
Adeola a quitté le Nigeria en 2010, attirée par l’atmosphère paisible de l’Eswatini.
« J’ai découvert que c’était un endroit où les gens sont gentils et accueillants. J’ai ouvert mon restaurant qui propose une cuisine nigériane, et la communauté swazie m’a accueillie à bras ouverts », explique-t-elle.
Le mélange des différentes cultures africaines dans le petit pays d’Eswatini renforce non seulement les liens communautaires, mais aussi l’idée que l’Afrique est une mosaïque d’expériences partagées et de respect mutuel. À mesure que les migrants partagent leurs traditions, leurs langues et leurs coutumes, les habitants découvrent un riche mélange de pratiques culturelles qui favorisent l’appréciation des origines de chacun et promeuvent l’unité.
La nourriture a également joué un rôle important dans cet échange culturel. La diversité des cuisines, allant des plats nigérians aux plats zambiens et mozambicains, enrichit la scène gastronomique locale, permettant aux habitants et aux migrants étrangers de se rencontrer mutuellement.
Le partage de repas lors de festivals et d’événements culturels a permis aux Swazis et aux migrants de célébrer différentes saveurs et traditions culinaires, ouvrant la voie à des conversations enrichissantes sur les défis et les réalisations, renforçant ainsi les liens qui unissent tout le monde.
Les contributions de ces femmes à l’économie sont profondes et transformatrices. Leurs contributions vont au-delà de l’entrepreneuriat et de l’éducation, elles façonnent le tissu même du système de soins de santé swazi.

Kathy Sichilaba, directrice de l’école maternelle Luyando, revient sur son parcours depuis son pays natal, la Zambie, jusqu’à l’Eswatini, il y a plus de vingt ans.
« Quand je suis arrivée en 2000, j’étais pleine d’espoir. J’ai trouvé un emploi à l’école privée Kazakhali et, au fil des ans, j’ai eu le privilège de voir mes élèves devenir des professionnels accomplis : médecins, avocats, enseignants. Ce n’est pas juste un travail pour moi », confie-t-elle.
Lorsque Kathy s’est installée au Eswatini, elle était motivée par l’espoir et l’ambition. Elle a affronté sans flancher les difficultés liées à l’adaptation à une nouvelle culture. À son arrivée dans ce nouveau pays, où elle a commencé sa carrière d’enseignante à l’école privée Kazakhali, Kathy savait à quel point le soutien émotionnel et social était essentiel pour les jeunes enfants, et combien il était important de créer un environnement d’apprentissage sûr et chaleureux.
Kathy a élaboré des cours qui allient la culture et les traditions locales à des idées globales. De cette façon, les enfants apprennent à apprécier leurs propres origines tout en comprenant mieux le monde. Son engagement à développer l’esprit des jeunes va au-delà des études. En inculquant des valeurs telles que le respect, la responsabilité et l’appréciation culturelle, elle contribue à former une génération non seulement cultivée, mais aussi bienveillante et consciente des questions sociales.
Grâce à ses méthodes d’enseignement créatives, Kathy Sichilaba donne aux générations futures les moyens d’apprécier la diversité culturelle au Eswatini et au-delà.
Le Dr Joyce Sibanda, originaire du Zimbabwe, qui est arrivée à Eswatini avec un diplôme d’infirmière, a réorienté son plan de carrière pour occuper un poste essentiel dans le domaine de la santé publique.
« Je me sens chez moi à Eswatini. L’environnement favorable m’a permis de poursuivre mes études de master et de travailler sur des projets de santé d’impact », confie-t-elle.
Le parcours du Dr Sibanda illustre le fait que les femmes migrantes ne cherchent pas seulement à s’épanouir personnellement, mais contribuent également de manière significative au bien-être de leurs communautés d’accueil.
Le Dr Sibanda, qui a également occupé le poste de coordinatrice nationale des services communautaires de lutte contre la tuberculose et le VIH, explique qu’à son arrivée au Eswatini, elle ne s’est jamais sentie déconnectée, car le peuple swazi, avec son caractère calme et accueillant, l’a mise à l’aise dès le début.
« Je suis arrivée au Eswatini avec mon diplôme d’infirmière et ma licence. Au fil du temps, j’ai poursuivi mes études pour obtenir un master en santé publique et j’ai adopté la philosophie locale qui consiste à travailler avec les communautés, à respecter la culture, à privilégier le travail d’équipe et à autonomiser les personnes, autant d’éléments essentiels pour un bon leadership en matière de santé publique, grâce à l’environnement d’apprentissage favorable qui existe ici.
Mon parcours dans le domaine de la santé publique a commencé lorsque je suis arrivée au Eswatini. L’opportunité qui m’a été offerte m’a permis de devenir spécialiste en santé publique. Je suis fière d’avoir apporté une contribution significative au ministère de la Santé en lançant de nombreux projets. Mon implication dans la science et les études de mise en œuvre a encore enrichi mon expérience.
Étant donné que l’Eswatini est comme ma deuxième maison, j’ai trouvé facile de collaborer et de nouer des relations solides au sein des communautés », explique-t-elle.
En tant que coordinatrice nationale des services communautaires de lutte contre la tuberculose et le VIH à Eswatini, le Dr Sibanda a travaillé d’arrache-pied pour gérer la tuberculose et le VIH, deux problèmes de santé majeurs dans ce pays. Elle a contribué à réduire les taux de ces maladies et à améliorer la santé de la communauté. Elle a également joué un rôle clé dans la sensibilisation de la population à la prévention et au traitement de la tuberculose et du VIH afin de l’aider à faire de meilleurs choix en matière de santé.
À ce titre, le Dr Sibanda a rendu les soins de santé plus accessibles à ceux qui en ont besoin. Cela comprend l’organisation des professionnels de santé et la mise en place de programmes de dépistage et de traitement, essentiels pour une prise en charge précoce. Grâce à sa compréhension des cultures locales, elle a contribué à l’élaboration de programmes de santé en lien avec la communauté.
Cette sensibilité a permis d’instaurer un climat de confiance et d’encourager les gens à s’impliquer dans les initiatives de santé. Son expérience a contribué à orienter les stratégies nationales de gestion de ces maladies. Le Dr Joyce Sibanda a non seulement amélioré la santé publique au Eswatini, mais elle a également souligné l’importance de la collaboration et de l’inclusion pour obtenir de meilleurs résultats en matière de santé.
En tant que femme prospère dans le domaine de la santé publique, le Dr Sibanda est une source d’inspiration pour les autres femmes et filles d’Eswatini. Son parcours montre que l’éducation et le travail acharné peuvent mener à de grandes opportunités, encourageant ainsi d’autres personnes à explorer les carrières dans le domaine de la santé.
Environ 36 % des migrants sont venus au Eswatini pour chercher du travail. Environ 80 % des migrantes ont un emploi et contribuent de manière significative dans divers secteurs, façonnant ainsi l’économie et la société du pays.

Janet Tetteh Boakye est une esthéticienne ghanéenne dynamique qui s’est installée au Eswatini. Elle est arrivée au Eswatini il y a 17 ans, après avoir voyagé dans de nombreux pays africains.
« Quand je suis arrivée ici, j’ai été fascinée par la beauté du pays et la convivialité et l’hospitalité de ses habitants. J’ai visité de nombreux pays africains comme le Togo, le Bénin, le Nigeria, le Cameroun, le Tchad, le Kenya, la Tanzanie, le Malawi et le Mozambique avant de finalement m’installer au Eswatini.
Je suis restée ici parce que ce pays est très paisible. Les gens sont adorables. Je me suis retrouvée à m’y installer et j’ai donné naissance à deux filles. J’ai fondé une famille ici et j’ai également créé mon entreprise », explique-t-elle.
De nombreuses migrantes partagent le même sentiment. Lina Mandlas, une vendeuse mozambicaine sur le marché, souligne son attachement à l’Eswatini :
« Je suis arrivée dans les années 90 et je vis ici depuis lors. C’est ma maison maintenant. Je subviens aux besoins de ma famille restée au Mozambique et je suis fière de faire partie de cette communauté. »

Bien qu’il existe de nombreux exemples de réussite de femmes migrantes qui se sont bien intégrées dans la société swazie, le parcours vers l’Eswatini est semé d’embûches qui mettent à l’épreuve leur résilience et leur détermination. L’un des obstacles les plus immédiats est la barrière de la langue, lorsqu’elles quittent leur environnement familier.
À leur arrivée au Eswatini, de nombreuses femmes se retrouvent dans un monde où la langue maternelle, le siswati, et l’anglais dominent les interactions quotidiennes. Lina, originaire du Mozambique, se souvient de ses difficultés qu’elle a rencontrées au début.
« Quand je suis arrivée, je ne parlais pas un mot de siswati. Des tâches simples comme faire les courses devenaient insurmontables. Je me sentais isolée, incapable de communiquer avec ceux qui m’entouraient. »
Cependant, la détermination de Lina à apprendre la langue lui a permis de tisser des liens avec la communauté et de nouer des relations qui l’ont aidée à s’intégrer dans cette nouvelle société.
Tout comme le Zimbabwe, l’Eswatini est géographiquement plus proche du Mozambique que du Nigeria ou du Ghana, ce qui a facilité la décision de Lina de s’y installer. Beaucoup de ses connaissances s’étaient déjà lancées dans cette aventure, elle s’est donc sentie en terrain connu et bien accueillie, avec un bon réseau de soutien qui l’a aidée à s’installer.
Contrairement aux expériences dont elle avait entendu parler concernant ses compatriotes mozambicains vivant en Afrique du Sud voisine, où la xénophobie était souvent manifeste, l’Eswatini lui a semblé beaucoup plus accueillant. Même si elle a eu du mal avec la langue au début, l’atmosphère conviviale l’a aidée à nouer de véritables amitiés et à se sentir chez elle.
Adeola revient sur son choc culturel initial.
« J’ai dû m’adapter à des modes de socialisation et de travail différents. Le rythme de vie au Eswatini était plus lent que celui auquel j’étais habituée, et il m’a fallu du temps pour m’y adapter. »
Lorsque Adeola est arrivée au Eswatini, le rythme de vie plus lent l’a vraiment surprise. Chez elle, au Nigeria, la vie était sans cesse trépidante. Au Eswatini, elle a découvert que les gens prenaient leur temps, discutant pendant les repas.
Un jour, elle a décidé d’aller faire un tour au marché local pour en savoir plus sur la communauté. Elle pensait que ce serait une visite rapide, mais elle a été surprise de voir comment les vendeurs discutaient avec les clients, non seulement des prix, mais aussi de leur famille et des événements locaux. Adeola avait l’impression qu’elle n’était pas à sa place, elle qui était pressée alors que tout le monde semblait s’amuser. Elle a rapidement compris qu’elle passait à côté de quelque chose de spécial. Alors Adeola s’est jointe à un groupe de femmes devant un étal de fruits. Au fil de la conversation, elles ont partagé des anecdotes, des blagues, des astuces de cuisine et des coutumes locales. À la fin de sa visite, Adeola est repartie non seulement avec des fruits et légumes frais, mais aussi avec de nouvelles amies et une meilleure appréciation de la vie ici.
Cette expérience lui a montré que prendre le temps de tisser des liens pouvait vraiment changer sa perception de sa nouvelle communauté. Malgré les difficultés, Adeola a adopté les coutumes locales, ce qui a non seulement enrichi son expérience personnelle, mais l’a également aidée à fidéliser la clientèle de son restaurant.

Selon Lindiwe Simelane, chef par intérim du bureau de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) au Eswatini, l’Eswatini dispose de cadres et de politiques nationaux solides en matière de gouvernance des migrations.
« Grâce à des conditions économiques relativement meilleures que celles de certains pays de la région, l’Eswatini attire les migrants à la recherche d’opportunités d’emploi et de regroupement familial. Selon le Groupe de la Banque africaine de développement, le taux de croissance de l’économie de l’Eswatini est passé de 0,5 % en 2022 à environ 4,8 % en 2023, grâce aux performances plus solides du secteur des services.
La majorité des migrants au Eswatini sont en âge de procréer et d’exercer une activité professionnelle, principalement entre 30 et 39 ans. Alors qu’environ 90 % des migrants masculins ont un emploi, environ 80 % des migrantes sont détentrices d’un emploi, souvent dans des secteurs professionnels, ce qui met en exergue le rôle essentiel des femmes dans la promotion du développement par la migration, contribuant ainsi au progrès social et économique », explique-t-elle.
Cependant, Simelane souligne que le manque de données précises sur la migration rend difficile la compréhension de l’impact global des femmes migrantes sur le développement au Eswatini.
Le 6 mars 2025, l’Eswatini a lancé la Politique nationale en matière de migration de main-d’œuvre (NLMP) avec l’aide de l’Organisation internationale du travail (OIT) et de l’OIM. L’objectif est d’améliorer la gestion de la migration de main-d’œuvre, en veillant à ce que les déplacements pour raisons professionnelles se déroulent dans des conditions sûres et ordonnées.
Cette politique permettra d’améliorer les systèmes de données sur la migration de main-d’œuvre, de soutenir les travailleurs migrants et leurs familles, de dialoguer avec ceux qui vivent à l’étranger, ainsi que de collaborer avec différents secteurs gouvernementaux, partenaires sociaux, groupes de la société civile et syndicats.
Lors du lancement du comité directeur de la NLMP, divers intervenants ont souligné la nécessité pour chacun de s’impliquer dans la mise en œuvre de cette politique afin de protéger les personnes et de stimuler l’économie. L’OIM s’engage à continuer de soutenir la mise en œuvre de la NLMP, dans le but d’améliorer la migration de main-d’œuvre et d’accroître la sécurité des travailleurs migrants.
Simelane note : « Nous devons reconnaître le rôle essentiel des femmes migrantes dans notre société et veiller à ce que les politiques soutiennent leurs contributions. »

La renaissance africaine au Eswatini représente une vision d’un continent uni et progressiste. Les femmes qui migrent travaillent souvent dans des domaines importants tels que la santé et l’éducation. Leur implication contribue à combler les pénuries de main-d’œuvre et à stimuler la croissance économique. Lorsque les gouvernements soutiennent ces contributions, cela peut conduire à une économie plus forte et plus inclusive.
Pour de nombreuses familles en Afrique australe, la migration est un moyen essentiel de gagner leur vie. Les femmes envoient de l’argent à leur famille pour les aider à sortir de la pauvreté, à scolariser leurs enfants, à acheter des terres et à construire des maisons. La réussite des femmes migrantes encourage d’autres membres de leur communauté à rechercher des opportunités d’éducation et d’emploi.
La stabilité économique apportée par les transferts de fonds, associée à l’autonomisation des femmes, constitue une base solide pour les familles et les quartiers. En bref, reconnaître et aider les femmes migrantes n’est pas seulement juste, c’est aussi intelligent.
Au Eswatini, le parcours des migrantes symbolise le cœur d’un éveil qui transcende les frontières, les cultures et les défis. Alors que ces femmes continuent de tracer leur chemin, elles incarnent l’espoir et la promesse d’une Afrique unie, nous rappelant à tous qu’on hérite pas juste de l’avenir, mais on le crée ensemble.
Regardez le documentaire complet ci-dessous pour rencontrer les femmes qui refaçonnent l’Eswatini, un repas, une salle de classe, une clinique à la fois.
Ce contenu est produit par African Women in Media (AWiM) dans le cadre du projet Move Africa 2025, commandé par la Commission de l’Union africaine et soutenu par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) par l’intermédiaire de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH. Les points de vue et opinions exprimés sont ceux des auteurs uniquement et ne reflètent pas nécessairement ceux du BMZ, de la GIZ ou de l’Union africaine.
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Copyright 2020. African Women In Media
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