Inside AWiM25 at the African Union: Scheherazade Safla on Gender,
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Traduit en français par Ngo Ngimbous Fidèle Juliette
C’est une journée de travail tout à fait normale dans une salle de rédaction au cœur de la ville de Nakuru, au Kenya. Depuis le troisième étage du Standard Media Group, on entend les véhicules rapides et les klaxons des boda boda qui circulent sur l’avenue Kenyatta, adjacente au bâtiment de trois étages.
Le bureau est silencieux, à l’exception des clics sur les souris d’ordinateur et des doigts qui tapotent sur les claviers des journalistes concentrés sur des missions individuelles. Le temps à la mi-journée vient de passer d’ensoleillé à nuageux, et un vent froid vient de commencer à souffler à travers les fenêtres des bureaux.
Caroline Chebet, dans sa robe bleue à manches courtes, ne semble pas affectée par le changement de temps, peut-être en raison de la concentration et du poids de ce qui lui vient à l’esprit : la conservation et la protection de la faune et de la flore. Cette phrase fait monter l’adrénaline de Caroline Chebet. Elle est journaliste et une championne de la protection et de la conservation de la faune.
Chebet se penche en avant pour confirmer qu’elle consultait les bons dossiers de photographies dans son lecteur.

Elle exhale un soupire lorsqu’elle ouvre son dossier « BIRDS » (oiseaux) et parcourt les photos d’oiseaux sauvages qui, à ce stade, remplissent l’écran de son ordinateur. Elle s’arrête et fixe une photo de perroquet gris d’Afrique. À ce moment précis, son visage se renfrogne, illustrant clairement l’attachement qu’elle porte à l’histoire de cet oiseau.
Chebet, journaliste basée au Kenya, voue un amour et une passion inouïs à la nature. Son travail journalistique sur la conservation, l’environnement, le changement climatique, l’agriculture et la faune sauvage, qui remonte à plus d’une décennie, en témoigne.
« J’aime la nature et en particulier la nature sauvage, et tout ce qui l’attaque devient automatiquement mon ennemi. Chaque fois que je pense aux espèces végétales et animales menacées sur notre planète, je deviens folle. C’est ce qui me pousse à faire tout ce que je peux pour la sauver », explique-t-elle.
En 2021, alors qu’elle commençait à s’intéresser au trafic d’espèces sauvages, Chebet s’est lancée dans ce qui est devenu un événement marquant de la conservation des espèces sauvages. Elle n’aurait jamais pu imaginer que son enquête sur la manière dont le perroquet gris d’Afrique, une espèce menacée, faisait l’objet d’un trafic entre la République démocratique du Congo et le Kenya en passant par l’Ouganda, pourrait influencer la politique de conservation et de protection de l’oiseau.

« Lorsque je me suis présenté en ligne comme un acheteur potentiel de l’oiseau, je n’imaginais pas à quel point son acquisition semblait facile. Le vendeur était prêt à m’envoyer le colis dès que j’aurais conclu la transaction en virant 25 000 shillings (192 dollars américains) sur son compte bancaire».
Ayant engagé la conversation avec le prétendu vendeur, elle n’a pas tardé à découvrir l’existence d’un réseau de trafiquants d’animaux sauvages. Sans savoir avec qui il s’entretenait, ce vendeur lui a librement donné des informations sur son travail et sa chaîne de complices.
Après plus de dix ans de journalisme d’investigation, Chebet possède une grande expérience dans ce domaine. Lorsqu’elle nous a présenté ses activités précédentes, une chose était claire : la libre circulation à travers l’Afrique l’a rendue possible.
M. Erick Rotich, directeur adjoint de l’immigration pour la région du Rift Sud, explique qu’il est très facile pour les citoyens kényans de se déplacer d’un pays africain à l’autre. Pour passer du Kenya à l’Ouganda et au Burundi, un Kényan n’a besoin que de son passeport kényan, dont le renouvellement prend au maximum sept jours.

Pour d’autres pays comme la Tanzanie, le Soudan du Sud, le Rwanda et la République démocratique du Congo, il faut un permis temporaire. Le gouvernement kényan facilite l’obtention de ce permis temporaire en ligne, moyennant le paiement d’une somme de 300 shillings kényans.
« Tout est dans le système. Une fois le paiement effectué, on peut le télécharger et le faire tamponner par un agent de l’immigration, et on est libre de franchir les frontières », a déclaré M. Rotich.
Ecoutez Erick parler : https://youtu.be/yW4dSqrGhe0
S’appuyant sur son expérience de la traversée des pays d’Afrique de l’Est et d’Afrique centrale à la recherche d’informations, Chebet souligne le mérite de la liberté et de la facilité de circulation dans ces pays.
« C’est une bénédiction de pouvoir se déplacer de son pays d’origine au pays voisin sans restrictions inutiles », déclare-t-elle.
Le perroquet gris d’Afrique est une espèce d’oiseau menacée d’extinction et s’est vu accorder le niveau de protection le plus élevé dans le cadre de l’annexe 1 de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES). Cela signifie que l’oiseau est menacé d’extinction et qu’il ne doit pas faire l’objet d’un commerce local ou international.
Ces oiseaux font souvent l’objet de braconnage et de trafic pour leur intelligence et leur mimétisme. Cependant, son habitat naturel se trouve dans les forêts tropicales africaines du Cameroun, du Congo, du Gabon, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, de l’Angola et du Kenya.

La migration numérique gratuite permet aux personnes à la recherche d’informations d’effectuer des recherches approfondies et d’obtenir des informations sur les trafics illégaux en provenance d’autres pays. Ces recherches aident les journalistes à cartographier les zones réputées pour leur trafic. C’est ainsi que Caroline a découvert que la majeure partie du trafic illégal de cet oiseau provenait de la République démocratique du Congo et que l’Ouganda en comptait un plus grand nombre que le Kenya.
Selon un rapport publié en 2024 par Nature Uganda, une organisation de protection de la nature, le pays compte plus de 1 070 espèces d’oiseaux, ce qui en fait la plus forte densité d’espèces d’oiseaux par unité de surface en Afrique. Les statistiques de 2023 montrent qu’il y a 930 perroquets gris d’Afrique au Kenya. 918 d’entre eux se trouvent chez des particuliers et dans des sites d’attraction touristique, tandis que 12 vivent à l’état sauvage.
Après la publication de l’enquête de Caroline en 2021, le Kenya Wildlife Services (KWS), une agence de protection de la faune, a formulé et publié une politique de protection de l’oiseau le plus trafiqué au monde. L’article a ensuite été reconnu par le réseau Earth Journalism Network en 2022.
Cependant, une enquête de suivi menée en 2023 a révélé que le commerce illégal était à nouveau monnaie courante, la politique promulguée par le KWS n’étant pas respectée. Caroline a immédiatement prévu d’émigrer en Ouganda et au Congo pour approfondir ses recherches sur ce commerce illégal.
« Les activités criminelles telles que la corruption, le blanchiment d’argent et le trafic d’espèces sauvages sont des fléaux graves qui ne peuvent pas être facilement combattus par un seul pays.

Ces activités nécessitent une collaboration et il ne sera jamais facile d’y parvenir sans la libre circulation entre les régions », explique Caroline.
La libre circulation permet d’interagir facilement avec les agences compétentes de différents pays afin de trouver les informations nécessaires et d’assurer le suivi adéquat qui mènera à une enquête fructueuse. L’enquête de Caroline a bénéficié de l’aide d’organisations telles que le bureau de la Protection mondiale des animaux en Ouganda, le bureau de la Protection mondiale des animaux au Kenya, Nature Kenya et le Fonds mondial pour les perroquets.
La libre circulation des personnes sur le continent est un élément essentiel de l’intégration africaine, au même titre que le passeport africain, l’un des projets phares de l’Agenda 2063. Lors de l’Assemblée de l’Union africaine de janvier 2018, les dirigeants africains ont adopté le protocole de traité instituant la Communauté économique africaine relatif à la libre circulation des personnes, au droit de résidence et au droit d’établissement.
L’Union africaine et les communautés économiques régionales (CER) ont depuis lors élaboré un projet de stratégie continentale commune visant à promouvoir le droit d’entrée pour le protocole de traité instituant les communautés économiques africaines relatif à la libre circulation des personnes, au droit de résidence et au droit d’établissement.
La libre circulation dans les pays africains n’a pas seulement permis aux journalistes de mener des recherches, d’enquêter et de faire des reportages. Des journalistes de différents pays d’Afrique se réunissent pour se former, partager des idées, travailler en réseau et s’intégrer.
Le docteur Michael Ndonye, journaliste, propriétaire d’une maison de presse et directeur du département de communication de masse à l’université de Kabarak au Kenya, explique qu’avec la révolution de la production et de la consommation d’informations dans les médias, la collaboration transfrontalière permet aux journalistes d’échanger des idées, d’enquêter et de se former.
Ecoutez Caroline parler : https://youtu.be/TfGwxbPTQ6A
« Grâce à l’internet, la migration numérique a également transformé en profondeur le secteur des médias. Elle a fourni aux journalistes un large éventail de plateformes pour l’échange d’informations. Le journalisme mobile permet également aux journalistes de collecter, de traiter et de diffuser des informations plus facilement », explique le docteur Ndonye.
L’enquête de Caroline sur le trafic d’espèces sauvages en Afrique de l’Est et en Afrique centrale montre que les journalistes africains, y compris les femmes, sont non seulement capables de mener des enquêtes transfrontalières, mais aussi qu’ils sont essentiels à la responsabilisation collective du continent. Elle a choisi de s’aventurer là où d’autres ne l’ont pas fait et donne le ton, compte tenu des risques élevés que ces enquêtes comportent.
D’une salle de rédaction tranquille de Nakuru aux forêts denses du Congo et aux frontières de l’Ouganda, elle suit la trajectoire de vol d’un seul oiseau en voie de disparition, dévoilant non seulement un réseau de trafic, mais aussi les échecs silencieux de la politique, de la protection et de l’application de la loi dans tous les pays. Entre ses mains, la libre circulation des personnes devient plus qu’un protocole, mais aussi un outil de justice, de conservation et de solidarité continentale, une plume grise à la fois.
Ne vous contentez pas de simplement le lire, voyez-le. Regardez l’histoire se dérouler dans cet entretien visuel captivant avec Caroline, qui révèle le coût réel du trafic d’espèces sauvages et le pouvoir du journalisme transfrontalier :
Ce contenu est produit par African Women in Media (AWiM) dans le cadre du projet Move Africa 2025, commandé par la Commission de l’Union africaine et soutenu par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) par l’intermédiaire de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH. Les points de vue et opinions exprimés sont ceux des auteurs uniquement et ne reflètent pas nécessairement ceux du BMZ, de la GIZ ou de l’Union africaine.
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Copyright 2020. African Women In Media
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