Inside AWiM25 at the African Union: Scheherazade Safla on Gender,
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Translated by Ngo Fidele Juliette
Le Maroc est devenu un carrefour pour divers types de migration, notamment les travailleurs migrants, les étudiants internationaux et les migrants en transit. Bien que les migrants en transit représentent le groupe le plus petit statistiquement, ils demeurent le principal centre d’intérêt tant pour les décideurs politiques marocains et européens que pour les médias.
Les migrants ont toujours été au centre des discussions au Maroc, un pays considéré comme une porte d’entrée vers l’Europe pour la plupart des migrants africains. Je me suis toujours intéressée aux questions migratoires et j’ai couvert les luttes et les obstacles auxquels les migrants sont confrontés. Cependant, dans le cadre de cet article, je souhaite mettre en lumière un aspect souvent négligé : leur contribution au Maroc, et plus particulièrement celle des femmes africaines.
Bien que les migrants ne représentent que 0,3 % de la population marocaine, avec environ 102 400 résidents étrangers détenteurs d’un permis de résidence (ONU, 2020), le nombre d’étrangers vivant dans le pays a augmenté de manière considérable. Entre 2004 et 2014, le Maroc a connu une augmentation de 63,3 % de sa population étrangère, selon le Haut Commissariat au Plan (HCP). (Source : MADAR Network, 2021 — « Politique migratoire au Maroc »)
Les femmes représentent 48,5 % de la population migrante au Maroc, selon le Haut Commissariat au Plan (HCP, 2019). La plupart des immigrants viennent de pays ayant des liens historiques ou économiques forts avec le Maroc, notamment la France, le Sénégal, l’Algérie et l’Espagne. Ces dernières années, la croissance économique relative du pays a attiré une main-d’œuvre migrante plus diversifiée, en particulier de Chine, des Philippines et, dans une moindre mesure, de Turquie.
Le Maroc accueille également une communauté croissante d’étudiants internationaux, principalement originaires d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, dont le nombre est estimé à environ 20 000 (EUROMED University, 2022). (EUROMED University, 2022). (Source : MADAR Network, 2021 – ‘Politique migratoire au Maroc’)
« La migration est souvent une bouée de sauvetage », déclare Jamila Aitblal, présidente de l’association Oum Al Banin, dans ses réflexions sur les motivations complexes à l’origine de la migration des femmes.
Selon elle, les raisons qui poussent les femmes migrantes à quitter leur pays d’origine sont inextricablement liées, et souvent enracinées dans un mélange de défis économiques, sociaux et culturels. « La pauvreté, le manque d’opportunités d’emploi, l’insécurité, la violence sexiste et le besoin de rejoindre son conjoint sont parmi les causes les plus courantes », explique-t-elle.
« Pour de nombreuses femmes, ajoute-t-elle, la migration devient un moyen d’échapper à une réalité qui menace leur dignité et leur sécurité, que ce soit sur le plan économique ou social. »
De Rabat à Agadir : Histoires de force
Agadir, Morocco
Crédit photo : Hamza Lasri sur Unsplash
De Rabat, la capitale, je me suis dirigée vers le sud jusqu’à Agadir, un voyage de 546,9 kilomètres. J’ai pris un bus pour rencontrer Jamila, la présidente de l’association Oum Al Banin, une organisation qui travaille en étroite collaboration avec les femmes migrantes, les soutient et assure le suivi de leurs besoins. L’association offre des possibilités de formation, assiste les femmes enceintes et les aide à s’occuper de leurs enfants.
Lorsque j’ai demandé à Jamila de m’indiquer des femmes qui, selon elle, font la différence dans la ville, elle n’a pas hésité. Elle m’a présenté Yacin, une Sénégalaise qui gère un petit commerce au Souk Al Ahad—le plus grand marché du Maroc et même d’Afrique.
Souk El Had, Agadir, Maroc
Crédit photo : SnapSaga sur Unsplash
Porte d’entrée du Souk El Had, Agadir, Maroc
Crédit photo : Malika Bouabid
Souk El Had, Agadir, Maroc
Crédit photo : Rabenspiegel sur Pixabay
Je suis allée au souk pour la rencontrer. Au début, j’étais un peu perdue dans le labyrinthe d’étals et de boutiques, alors j’ai commencé à demander mon chemin à des femmes migrantes qui possédaient des karossas (charrettes à bras). Elles ont gentiment essayé de me guider, mais ce n’est que lorsque j’ai abordé quelques vendeurs marocains que l’on m’a emmenée directement à sa boutique. À ma grande surprise, tout le monde semblait la connaître — la boutique de Yacine était une adresse bien connue sur le marché.
Lorsque j’y suis arrivée, j’ai trouvé un petit groupe rassemblé devant la boutique : un Sénégalais, une Sénégalaise et une cliente marocaine. Et elle était là, Yacine, la femme que j’étais venu rencontrer. Elle m’a accueillie avec un sourire chaleureux et radieux.
« Bonjour, bienvenue », m’a-t-elle dit.

Boutique de Yacin, Crédit photo : Malika Akestour
Je me suis immédiatement présentée, car elle m’attendait. Elle m’a tout aussi chaleureusement invitée à entrer et je me suis sentie accueillie dès le premier instant. Je me suis assise et me suis rapidement excusée de l’avoir interrompue pendant qu’elle travaillait. Je lui ai même proposé de revenir plus tard, lorsqu’elle serait libre.
Mais Yacine m’a expliqué qu’elle serait occupée toute la journée — on était juste à deux jours l’Aïd, l’une des fêtes les plus importantes du calendrier musulman, qui marque la fin du ramadan. J’ai proposé de la rencontrer après le Ftor, le repas du soir pour rompre le jeûne, mais elle était déjà très occupée par ses clients. Nous avons donc convenu de poursuivre l’entretien pendant qu’elle travaillait.
Elle a continué à travailler tout en répondant à certaines de mes questions. La petite boutique était fascinante, remplie d’accessoires, de perruques, de produits de beauté et d’à peu près tout ce dont une femme peut avoir besoin.
J’ai sorti mon téléphone pour enregistrer notre conversation. Yacin, imperturbable, a continué à poser des cils aux femmes, une par une, tout en répondant de manière réfléchie à mes questions.
Crédit photo Malika Akestour
Yacin a six enfants — trois filles et trois garçons — au Sénégal, le plus jeune étant né à Agadir, au Maroc. Le jour de notre rencontre, elle portait une robe rose ornée de fleurs dorées, assortie d’un foulard doré, de boucles d’oreilles dorées, d’un bracelet rouge et d’un collier doré. Son look était complété par des lunettes à monture dorée, qui ajoutaient une touche finale d’élégance.
Yacin dégageait de la convivialité et de la positivité. Son sourire et sa gentillesse m’ont immédiatement mis à l’aise. C’est le genre de femme qui vous met à l’aise dès que vous la rencontrez : elle est attachante, solide et rayonne d’une énergie positive.
La boutique était un véritable feu d’artifice de couleurs. Des perruques de toutes les nuances imaginables étaient alignées sur les étagères, et les produits de beauté étaient présentés dans des teintes vibrantes : jaune, orange, noir et blanc. Près de l’entrée, des vêtements traditionnels sénégalais pour hommes et femmes rehaussaient l’atmosphère vivante et multiculturelle de la boutique.
Pendant que nous discutions, plusieurs clients sont entrés pour s’enquérir des prix. « Zwin zwin », disait Yacin en désignant un produit. « Magnifique », ajoute-t-elle en souriant, avant de dire au client d’un air rassurant : « Seulement 30 dirhams aujourd’hui ». Elle expliquait que la réduction est accordée à l’occasion de la fête, en référence à la célébration prochaine de l’Aïd.
Nous avons ensuite abordé la question de sa vie avant d’émigrer au Maroc. « Je travaillais au Sénégal », dit-elle. « Je suis venue au Maroc pour travailler », a expliqué Yacin, précisant qu’elle s’était mariée au Sénégal, mais qu’elle avait ensuite divorcé. « Je travaillais comme femme de ménage au Sénégal », a-t-elle poursuivi. « Certains Marocains avaient besoin de femmes sénégalaises et l’un d’entre eux m’a amenée ici pour travailler.
Elle s’est souvenue de son premier emploi au Maroc, où elle travaillait comme femme de ménage pour une famille marocaine. Ils la payaient pour l’aider à subvenir aux besoins de sa famille, de ses enfants et de sa mère restés au Sénégal. Alors qu’elle posait des cils à sa cliente, Yacin a marqué un temps d’arrêt, réfléchissant à son parcours. C’était un bref, mais puissant aperçu de sa vie avant qu’elle ne devienne une femme d’affaires prospère à Agadir.
« C’était un peu difficile de travailler dans la maison d’une famille marocaine », a admis Yacin, mais elle a rapidement ajouté : « Nous travaillons pour gagner de l’argent afin de vivre ; c’est normal. Nous travaillons et envoyons de l’argent à la maison pour aider nos enfants à aller à l’école, etc. ». Malgré les difficultés, elle en parlait avec le sourire, incarnant l’énergie positive qui semble la caractériser. Pendant ce temps, la cliente écoutait en silence, son expression pensive montrant qu’elle était clairement engagée dans la conversation.
Yacin a poursuivi en expliquant : « J’ai travaillé comme femme de ménage pendant deux ans avant de créer ma propre entreprise ». A ce point elle a marqué une pause, réfléchissant à son parcours. « Pendant que je travaillais, j’économisais de l’argent pour pouvoir me lancer. J’ai commencé avec une petite table où je vendais des objets que j’avais reçus du Sénégal — des accessoires, du beurre de karité », précise-t-elle.
À ce moment-là, elle passe sans effort à sa langue maternelle, le sénégalais, et adresse quelques mots à un client à l’intérieur de la boutique tout en continuant à gérer son travail et la conversation.
En posant des questions, je veillais à observer les détails — les expressions sur les visages, l’atmosphère animée et le flux constant de clients qui entrent et sortent.
« C’est en fait la table qui a donné vie à cette boutique », affirme Yacin, en réfléchissant à son parcours. « Personne ne m’a aidée ; j’ai fait cela avec mon propre argent, l’argent que j’ai gagné ici au Maroc. » Elle marque une pause, puis ajoute : « À part l’association Oum Al Banin, parce que j’étais enceinte de mon sixième enfant, que j’ai amené avec moi ici. Ils se sont occupés de mon enfant ».
Sa gratitude à l’égard de l’association est évidente lorsqu’elle poursuit : « Surtout pour avoir gardé mes enfants pendant que je travaillais. Ils m’ont beaucoup aidée. Ils se sont occupés de mon enfant pendant que je travaillais ».
Yacin explique encore : « Lorsque j’ai accouché, ils m’ont aidée à préparer les papiers légaux pour mon enfant. Ils se sont occupés de lui pendant trois mois, pour que je puisse continuer à travailler sur mon entreprise pendant la journée. Je le récupérais le soir. »
Avec fierté et satisfaction, elle déclare : « Ce sont eux qui m’ont donné le courage de continuer à travailler. Sans eux, j’aurais été obligée de retourner au Sénégal parce que c’était un peu difficile ». Elle s’arrête un instant, réfléchissant au chemin parcouru. « Maintenant, ils offrent aussi des formations et nous sommes intégrés dans leurs programmes », ajoute-t-elle.
« C’est vraiment intéressant et bénéfique », poursuit-elle. « En tant qu’immigrés africains, nous avons beaucoup appris de ces formations, comme l’esthétique. J’en connaissais déjà une partie dans mon pays — comme le fait de teindre les cheveux et ainsi de suite. Mais j’ai aussi suivi la formation en pâtisserie, que j’ai beaucoup appréciée. J’y ai beaucoup participé. Oum Al Banin a aidé de nombreux migrants d’Afrique subsaharienne », conclut-elle, la voix pleine de gratitude.
« Lorsque j’ai commencé mon activité, je n’avais qu’une petite table sur laquelle j’exposais mes articles », explique Yacin, la voix pleine de confiance. ‘Ici, au Souk Al Had, les gens me connaissent pour ma sincérité.
« Un jour, j’ai reçu un appel d’une personne qui me proposait une boutique. Il m’a dit : ‘Si tu veux une boutique, je peux te l’offrir et tu peux payer en mensualité’. J’ai accepté tout de suite », se souvient-elle en décrivant le passage de son humble table à sa boutique actuelle. « C’est ainsi que j’ai eu ma boutique ».
« J’ai épargné suffisamment d’argent pour payer deux mois de loyer ici », ajoute-t-elle.
« C’est grâce à cette table et aux accessoires que j’ai vendus que je suis ici aujourd’hui, avec ma propre boutique », commente Yacin avec fierté.
Elle explique ensuite : « Je fais venir mes produits du Sénégal. Il y a des gens qui viennent avec leur voiture et qui apportent des accessoires, des perruques, du beurre de karité et tous les articles que je vends ici. Je les achète et je les vends dans ma boutique », poursuit-elle, tout en posant soigneusement des cils à sa cliente, qui l’écoute attentivement.
« Parfois, nous demandons à nos parents d’acheter des choses pour nous, et nous payons les frais d’expédition, les vols, etc. pour que nous puissions les obtenir rapidement », dit-elle.
Les produits qu’elle vend — des accessoires et perruques au beurre de karité — ont un attrait particulier pour de nombreux Marocains, en particulier les femmes. Des produits comme le beurre de karité, connu pour ses propriétés hydratantes naturelles, sont largement utilisés par les Marocains dans leurs soins de beauté courants. Les perruques et les accessoires capillaires sont de plus en plus populaires parmi les jeunes femmes marocaines qui aiment faire de nouvelles expériences dans le domaine de la mode et du style personnel. En rendant disponible ces produits importés, Yacin ne se contente pas de répondre à une demande croissante, mais joue également un rôle modeste, mais significatif dans la diversité et la vitalité du marché local.
Crédit photo Malika Akestour
Les Marocains aiment à dire : « Tu mourras ici au Maroc si le roi te donne une maison, parce que tu aimes tellement le Maroc », plaisante Yacine en rappelant ce dicton populaire.
« Je n’en suis pas sûr, mais je les aime vraiment. Honnêtement, sans les Marocains, je serais retournée au Sénégal », ajoute-t-elle. « Je les aime, autant les touristes que les habitants marocains. C’est grâce à eux que j’ai décidé de rester au Maroc », affirme-t-elle.
« Cela fait deux ans que je suis au Maroc. Je connais beaucoup de Marocains, ce sont des gens gentils et généreux », dit Yacin d’un ton chaleureux.
Lorsqu’on lui demande si elle pense contribuer à l’économie marocaine, elle répond sans hésiter : « Beaucoup. Je contribue beaucoup. J’ai ma boutique ; je paie un loyer tous les mois. Je paie le Wi-Fi, les taxis et toute la marchandise que je vends. Je m’occupe de tout moi-même ». Yacine était sincèrement ravie de voir quelqu’un désireux de partager son histoire et de mettre en lumière les contributions des femmes africaines au Maroc.
Désireuse de m’aider, elle m’a immédiatement orientée vers une autre femme sénégalaise qui possède également une petite boutique dans le même souk, à cinq minutes de marche. Sans hésiter, elle a passé un coup de fil rapide pour demander si son amie serait disposée à me parler. Dès qu’elle a reçu la confirmation, Yacin s’est tournée vers la femme sénégalaise assise à proximité et lui a gentiment demandé de m’accompagner à la boutique.
D’une femme à l’autre : Échos de force
Aussitôt entrée dans Amindor’s Magazine, j’ai été accueillie par un sourire chaleureux et une présence accueillante. Amindor, que tout le monde appelle Maria, est une femme de 36 ans originaire du Sénégal. Elle est épouse et mère de deux jeunes filles, l’une âgée de six ans, l’autre de quatre ans.
Maria dans sa boutique
Crédit photo Malika Bouabid.
Maria s’est installée au Maroc en 2016 à la recherche de meilleures opportunités. « Le voyage n’a pas été compliqué pour moi », a-t-elle déclaré. « Je suis venue ici pour travailler. Au début, j’ai travaillé comme femme de ménage. Puis j’ai décidé de suivre une formation en beauté et en esthétique pendant trois ans. »
Après avoir terminé sa formation, elle a commencé à travailler dans un salon de Hay Salam. « En fin de compte, je me suis dit à moi-même pourquoi ne pas ouvrir mon propre salon ? »
Cette étape n’a pas été sans difficulté. « C’était un peu difficile, pas facile du tout. Mais grâce à Dieu, les choses se sont améliorées, petit à petit », ajoute-t-elle en riant doucement. ‘Shwia shwia’, dit-elle en utilisant l’expression arabe marocaine qui signifie ‘pas à pas’.
La décision de Maria de quitter le travail domestique était ancrée dans son désir d’indépendance. « Travailler dans la maison de quelqu’un n’est pas durable. Quand on est jeune, c’est peut-être gérable, mais quand on se marie et qu’on a des enfants, c’est plus difficile’, explique-t-elle. ‘Je voulais une compétence, une profession. De cette façon, même si je suis à la maison avec mes enfants, je peux toujours travailler et gagner de l’argent. Je peux être indépendante.
Elle a commencé par proposer des services de beauté à domicile. « Les clients venaient chez moi », raconte-t-elle. « Puis je me suis dit : pourquoi ne pas avoir ma propre petite boutique ? »
L’occasion s’est présentée lorsqu’une autre femme sénégalaise, qui louait un local pour son activité, a décidé de rentrer au Sénégal. Elle m’a appelée et m’a dit : « Si tu veux, tu peux reprendre l’espace. C’est ce que j’ai fait. C’est ainsi que j’ai commencé. »
Aujourd’hui, Maria dirige un petit salon florissant à Agadir. Alors qu’elle travaillait sur les cheveux d’une cliente pendant notre entretien, elle a souri et a déclaré : « La plupart de mes clients sont marocains. Je les adore. J’essaie de gagner un peu d’argent », a-t-elle ajouté en utilisant le mot darija pour désigner l’argent, en riant comme nous l’avons tous fait après elle.

Crédit photo Malika Bouabid.
« Dieu merci, poursuit-elle, j’aime vraiment le Maroc. Je me sens bien ici. Comme on dit, le Maroc et le Sénégal sont comme une même famille ».
Mais il n’est pas toujours facile de s’adapter à la vie dans un nouveau pays. « Quand on arrive dans un pays pour la première fois, ce n’est pas facile. On rencontre des gens qu’on n’aime pas au premier abord. Mais avec le temps, on apprend à vivre parmi eux ».
Tous les produits de Maria proviennent du Sénégal. « Je les achète là-bas et ils me les envoient ici », explique-t-elle.
Elle vit aujourd’hui avec son mari, qui travaille dans un centre d’appel, et leurs deux filles. « Ma première fille est née ici, au Maroc. La seconde est née au Sénégal pendant la pandémie de COVID-19 », se souvient-elle. « Cette période a été très difficile ».
L’histoire de Maria est le reflet de la résilience, de l’espoir et d’une détermination tranquille. D’un pays étranger à un endroit qu’elle considère aujourd’hui comme son foyer, elle a bâti une entreprise de ses propres mains, un client à la fois.
Malgré les nombreux défis auxquels elles sont confrontées, les femmes migrantes jouent un rôle essentiel dans le tissu économique et social du Maroc », déclare Jamila Ait Belal, présidente de l’association Oum Al Banin.
Elle souligne leurs contributions dans divers secteurs : « Elles travaillent comme coiffeuses, couturières, commerçantes et participent activement aux initiatives communautaires et culturelles — notamment celles liées à la migration et aux droits des femmes ».
« Outre leur engagement professionnel et civique, poursuit-elle, les femmes migrantes favorisent la diversité culturelle et contribuent de manière significative à l’économie informelle, notamment au sein des quartiers et des marchés locaux ».
Crédit photo : Malika Bouabid.
Regards d’expert : Comprendre la migration des femmes africaines vers le Maroc
La migration africaine vers le Maroc a été sujette à une profonde mutation au fil des ans. Khalid Mouna, anthropologue et expert en migration, explique qu’elle est passée d’une forme de migration de transit à une migration permanente. « Les politiques répressives et la fermeture des frontières à la migration légale ont considérablement changé la situation », explique-t-il. « Ce changement, ajoute-t-il, est également étroitement lié à l’instabilité politique régionale, en particulier après la chute du régime de Kadhafi en Libye. La migration au Maroc n’évolue pas de manière isolée, mais est liée à ce qui se passe dans la région ».
Pour les femmes, la migration s’accompagne de son lot de défis complexes. Selon Mouna, l’adaptation des migrantes africaines à la société marocaine n’est pas seulement une question de mobilité. « Lorsqu’on parle de formes d’adaptation, on traite surtout de parcours individuels. Cependant il faut aussi prendre en compte les politiques des pays d’accueil, qui favorisent ou entravent l’intégration au sein de la société », explique-t-il. Selon lui, le Maroc est encore loin de garantir une véritable intégration. « Nous manquons de canaux d’intégration, tant pour les femmes que pour les hommes », souligne Mouna. « Les observatoires que nous avons dans le royaume en matière de migration ont tendance à adopter une approche sécuritaire, ne rendant compte de la politique migratoire qu’avec des chiffres reflétant le nombre de personnes arrêtées ou expulsées. »
Il souligne que la question de la migration n’est pas prise au sérieux au niveau politique. « Les acteurs politiques actuels n’ont ni les connaissances ni les compétences sur le sujet, qu’il s’agisse de l’intégration des femmes ou des hommes », ajoute-t-il.
En ce qui concerne la contribution économique des migrantes africaines, Mouna estime que la question est étroitement liée au défi plus large de l’intégration. « Pour évaluer l’impact de ces femmes sur l’économie nationale, il serait nécessaire de mener des études au niveau national, ou au moins dans trois ou quatre grandes villes, en utilisant des approches à la fois quantitatives et qualitatives », explique-t-il. Malheureusement, les chercheurs académiques n’ont pas les moyens financiers de mener de telles recherches, et l’État ne fournit non plus les ressources nécessaires. « Il est possible que certaines études aient été financées par des organisations internationales, mais personnellement, je n’ai pas de données sur lesquelles je puisse m’appuyer pour répondre à cette question. »
Agadir, Maroc
Photo sur Unsplash
Mouna note également que la migration féminine a toujours existé ; la différence essentielle aujourd’hui réside dans la manière dont elle est perçue. « Les facteurs à l’origine de cette migration restent les mêmes : soit la fuite d’une situation politique instable, notamment dans les zones de guerre où les femmes sont souvent les premières victimes, soit la recherche d’un avenir meilleur, tout comme les hommes », explique-t-il. Ce qui a changé, selon lui, c’est le regard que l’on porte sur elle. « Nous accordons désormais plus d’attention à la migration féminine, qui est en fait une forme de démocratisation du choix de migrer — un processus qui affecte désormais aussi bien les hommes que les femmes. »
Alors que des experts comme Khalid Mouna soulignent les lacunes structurelles de la politique et de la recherche en matière de migration au Maroc, ceux qui travaillent sur le terrain sont témoins de l’impact quotidien des femmes migrantes. Jamila, présidente de l’association Oum Al Banin, travaille en étroite collaboration avec les communautés de migrants depuis des années. Elle considère leur présence non pas comme une statistique, mais comme une force qui façonne la vie sociale et économique de villes comme Agadir.
« Malgré les nombreux défis auxquels elles sont confrontées, les femmes migrantes jouent un rôle essentiel dans le tissu économique et social du Maroc », a déclaré Jamila. « Elles apportent leur contribution dans divers secteurs, travaillant comme coiffeuses, couturières, commerçantes, et participant activement à des initiatives communautaires et culturelles — en particulier celles axées sur la migration et les droits des femmes. »
Outre leur engagement professionnel et civique, Jamila a souligné leur rôle dans le renforcement du tissu social marocain : « Les femmes migrantes favorisent la diversité culturelle et contribuent de manière significative à l’économie informelle, en particulier dans les quartiers et les marchés locaux », a-t-elle ajouté.
Écoutez les quatre épisodes du podcast, qui donnent la parole à ces femmes dans leur élément, racontant leurs histoires.
À Travers Ses Yeux Ép. 1 :
À Travers Ses Yeux Ép. 2 :
À Travers Ses Yeux Ép. 3 :
À Travers Ses Yeux Ép. 4 :
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