Inside AWiM25 at the African Union: Scheherazade Safla on Gender,
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Rédigé par Rhonet Atwiine
C’est un après-midi chaud à Katwe, une banlieue de Kampala, la capitale de l’Ouganda. La lumière du soleil traverse les fenêtres d’une salle de classe où un groupe de jeunes adolescentes est assis, les yeux rivés sur le tableau noir. Leur professeur se déplace dans la pièce, expliquant une formule arithmétique.
Au milieu de la classe se trouve Justine Bigirimana, âgée de 14 ans, élève en sciences qui rêve de devenir médecin. Elle fait partie des nombreuses filles congolaises qui saisissent de nouvelles opportunités grâce à l’éducation, opportunités rendues possibles par la liberté de se déplacer et d’apprendre au-delà des frontières africaines.
À l’avenir, je veux travailler dans les plus grands hôpitaux et sauver des vies. Après mes études, j’espère retourner dans mon pays, partager ce que j’ai appris et inspirer d’autres filles à poursuivre leurs rêves », affirme-t-elle avec assurance.
Justine Bigirimana, élève au Complexe scolaire Katwe, lors d’une interview. Photo : Akram Ndawula
Justine Bigirimana est élève au Complexe scolaire Katwe, un centre d’apprentissage créé exclusivement pour les filles congolaises par des éducateurs congolais en Ouganda. Il a été fondé en 2016 avec un seul objectif : garantir que les filles congolaises qui traversent les frontières à la recherche de sécurité et d’opportunités ne perdent pas leur accès à l’éducation.
À l’instar de nombreux camarades de classe, Bigirimana est arrivée en Ouganda alors qu’elle était encore une petite fille de 7 ans, après l’invasion de son village par les rebelles du M-23. Si ce voyage a été source d’incertitudes, notamment en raison de la barrière linguistique, il lui a également ouvert de nouvelles perspectives. En Ouganda, elle a trouvé une école où l’on parlait sa langue.
Contrairement aux écoles traditionnelles ougandaises, qui utilisent l’anglais et le luganda comme langues d’enseignement, cette école enseigne le français, le lingala et le swahili, tout en intégrant l’anglais et des éléments du programme scolaire ougandais afin de faciliter les transitions et la compréhension interculturelle.
Lorsque j’ai franchi le seuil de la salle de classe pour la première fois, j’étais nerveuse. Est-ce que j’allais rattraper mon retard ? Est-ce que j’allais m’intégrer ? J’avais oublié tellement de choses. Mais ensuite, le professeur s’est mis à parler en français et soudain, j’ai ressenti quelque chose que je n’avais pas ressenti depuis longtemps : le soulagement. Pour la première fois depuis mon arrivée en Ouganda, je me suis vraiment sentie chez moi », raconte Bigirimana, les yeux pétillants.
Son histoire s’inscrit dans un récit plus large qui se déroule à travers le continent, où les filles africaines trouvent l’espoir dans le déplacement et où la mobilité crée des ponts entre les pays.

L’entrée du Complexe scolaire Katwe, une école qui se consacre à l’éducation des filles congolaises en Ouganda. Photo : Akram Ndawula
À l’échelle mondiale, le nombre de migrants s’élève à 32 millions, dont près de 1,7 million sont accueillis en Ouganda, soit le plus grand nombre de migrants accueillis en Afrique, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
Parmi ces migrants, 419 560 sont des filles en âge d’aller à l’école. Pourtant, pour beaucoup d’entre elles, la promesse de l’éducation ne reste qu’une promesse.
Le HCR rapporte en outre que près de la moitié des filles migrantes en âge d’aller à l’école ne sont pas scolarisées. Selon le Bureau ougandais des statistiques (UBOS), seules 49 % des filles migrantes achèvent leurs études primaires, tandis que 11 % seulement poursuivent leurs études secondaires.
Un grand nombre de migrants proviennent de pays en proie à des conflits tels que le Soudan du Sud, la République démocratique du Congo, la Somalie, le Rwanda, le Kenya, l’Érythrée, l’Éthiopie, le Soudan et le Burundi, entre autres.

L’Ouganda garantit aux populations immigrées certains droits, notamment le droit de travailler, de circuler librement, d’accéder à la terre et d’utiliser des services de base tels que les soins de santé et l’éducation. Ces dispositions permettent à des personnes comme Bigirimana de s’adapter à la vie dans un nouvel environnement.
Cette approche accueillante de la gestion des migrants s’inscrit dans le cadre de l’approche holistique de l’intégration des réfugiés, qui s’aligne sur les principes du Pacte mondial sur les réfugiés. L’objectif principal de ladite approche est l’intégration des populations immigrées dans la planification et les statistiques nationales en matière de développement.
Des établissements scolaires tels que le Complexe scolaire Katwe répondent à cet appel à l’innovation et à la collaboration. Ce dernier propose un enseignement primaire et secondaire basé sur le programme scolaire congolais tout en adoptant le système ougandais, préparant ainsi les élèves à réussir où qu’ils choisissent d’aller ensuite, que ce soit dans leur pays d’origine, le Congo, en Ouganda ou ailleurs sur le continent.
Cette école est plus qu’une simple salle de classe. Elle symbolise ce qu’il est possible de réaliser lorsque les pays africains ouvrent leurs portes les uns aux autres. Nous pensons que la science est la science et que les mathématiques sont les mathématiques, peu importe d’où l’on vient. Alors pourquoi les frontières devraient-elles empêcher nos filles d’apprendre ? », déclare Frank Fariji, directeur et cofondateur de l’école.

Justine Bigirimana (à gauche) et Eunice Zawadi (à droite) échangent des idées lors d’une discussion autour d’un cours de chimie au Complexe scolaire Katwe. Photo : Akram Ndawula : Akram Ndawula
Cette approche donne les moyens à une nouvelle génération de filles migrantes d’acquérir des compétences, d’échanger des idées et de se construire un avenir qui transcende les frontières géographiques.
À travers le continent, la mobilité est devenue une bouée de sauvetage pour les filles qui aspirent à plus que la simple survie. C’est un chemin vers l’autodétermination. Pour Eunice Zawadi, 17 ans, qui avait du mal à s’adapter dans les écoles traditionnelles ougandaises en raison des différences linguistiques, l’école lui a offert un nouveau départ.
J’avais abandonné les études parce que je ne comprenais rien, car les enseignants dispensaient leurs cours dans les langues locales. Mais ici, j’apprends dans une langue que je comprends, et je rattrape enfin mon retard », dit-elle en souriant.

Eunice Zawadi, élève au Complexe scolaire Katwe, lors d’une interview. Photo : Akram Ndawula
L’école ne propose pas seulement des cours, elle offre également une protection. En permettant à ces filles de rester scolarisées, elle contribue à retarder les mariages précoces et à prévenir le travail des enfants.
Pour de nombreuses familles, la survie est une priorité, et les filles sont souvent les premières à être retirées de l’école. Des croyances culturelles profondément enracinées jouent aussi un rôle : bien des familles privilégient l’éducation des garçons, partant du principe que les filles finiront par se marier et quitteront le domicile familial.
Mais dans cette école, les filles sont en contact avec des mentors, des modèles et des pairs de toute la région, ce qui leur permet de développer un sentiment d’identité commune et de résilience.
Arthur Mutombo, directeur des affaires académiques de l’école, explique : « Cette éducation est profondément enracinée dans ce que nous sommes en tant que Congolais, mais elle prépare également nos filles à participer à une communauté africaine plus large. Elles peuvent aller n’importe où, apporter une contribution significative et diriger avec confiance.
De même, les parents ont noté le changement. Prosper Lukula, dont les deux filles fréquentent l’école, se dit fier de voir ses filles évoluer dans un environnement qui respecte leur culture tout en les préparant aux défis du monde extérieur.
Cette école a donné une seconde chance à mes filles, et elles excellent. L’une parle de devenir avocate et l’autre journaliste. Cette école a tout changé pour nous, mais elle m’a aussi rappelé que l’Afrique appartient à chacun d’entre nous », affirme-t-il.

Frank Fariji, directeur et cofondateur du Complexe scolaire Katwe, dispense un cours d’anglais à trois élèves de terminale. Photo de l’école : Akram Ndawula
La mobilité des jeunes filles africaines crée des espaces où les cultures se mélangent, les idées fusent et de nouveaux rêves naissent. Le Complexe Scolaire Katwe est un exemple de la manière dont la liberté de circulation permet aux jeunes filles de reprendre leur avenir en main, où qu’elles se trouvent.
Bien que l’école soit basée à Kampala, les élèves sont ramenés en République démocratique du Congo à la fin du programme scolaire pour passer les examens nationaux, le plus souvent dans des écoles proches de la frontière entre le Congo et l’Ouganda.
Cette coordination transfrontalière veille à ce que les élèves soient évalués conformément au programme scolaire national et aux normes de notation de la RDC, afin que leurs progrès scolaires soient officiellement reconnus dans leur pays d’origine.
Après les études primaires, nous les inscrivons au premier cycle du secondaire (P.7 et P.8), qui dure deux ans. Cette phase aide les élèves à identifier et à choisir la voie qui leur convient le mieux : poursuivre l’enseignement général ou opter pour une formation professionnelle débouchant sur un diplôme ou un certificat », précise Mutombo.
Cette approche favorise non seulement la continuité éducative pour les apprenants migrants, mais souligne également l’importance de la collaboration entre les pays africains. Elle montre comment les politiques de libre circulation, telles que celles mises en œuvre par l’Ouganda, peuvent permettre aux apprenants migrants d’accéder à l’éducation tout en restant connectés aux systèmes de leur pays d’origine. C’est un exemple concret de la manière dont la coopération régionale peut combler les lacunes en matière d’éducation pour les communautés immigrées.

Élèves lors d’un travail en groupe autour d’un cours de chimie au Complexe scolaire Katwe. Photo : Akram Ndawula
Au-delà de l’enseignement, l’école met l’accent sur le soutien émotionnel et psychologique. De nombreux élèves ont vécu des événements traumatisants, allant de la perte de membres de leur famille aux horreurs de la guerre.
Un mini-programme de conseil a été élaboré, grâce auquel les élèves peuvent parler de leurs expériences et de leur santé à des professionnels qualifiés.
« Un problème partagé est à moitié résolu. Dans notre école, nous ne nous contentons pas simplement de dispenser des cours à ces filles. Nous les accompagnons dans leur guérison. Tous les vendredis soirs, nous nous réunissons pour partager nos expériences passées. Certaines pleurent, mais avec le temps, elles commencent à en parler librement. Lorsqu’elles se sentent en sécurité et soutenues, elles peuvent à nouveau rêver », explique Racheal Atim Okello, une enseignante de l’école.
J’ai trouvé ici mes meilleures amies, des personnes en qui je peux vraiment avoir confiance. Nous partageons tout et nous nous soutenons mutuellement. Si je ne comprends pas quelque chose en classe, je sais que mon amie me l’expliquera pendant les travaux en groupe ou pendant les révisions. », confie Racheal Burazimi, une élève de cours moyen un (CM1) de l’école.

Élèves du primaire pendant le cours d’alphabétisation II au Complexe scolaire Katwe. Photo : Akram Ndawula
Par ailleurs, ledit programme permet aux filles d’acquérir des compétences pratiques dans des domaines tels que la fabrication de savon, la pâtisserie, la restauration et la création d’articles tels que des sacs, des boucles d’oreilles, des bracelets, des bracelets perlés et des paniers. Ces compétences leur permettent de gagner un revenu et de subvenir aux besoins de leurs familles.
Au-delà de l’Ouganda, ces élèves immigrées mettront à profit leurs compétences, leurs expériences et leurs visions à travers le continent, notamment en construisant des hôpitaux au Congo, en dirigeant des médias en Ouganda ou en créant des entreprises qui relient les communautés africaines.
Depuis sa création, l’école a rassemblé et autonomisé plus de 400 filles grâce à l’éducation et à la formation professionnelle. Son succès a inspiré des initiatives similaires à travers le pays. Aujourd’hui, il existe environ cinq écoles dirigées par des Congolais en Ouganda, qui accueillent non seulement des ressortissants congolais, mais aussi d’autres immigrés issus de différents pays.
Alors que le soleil se couche sur Katwe, les voix des filles résonnent dans l’enceinte de l’école, des voix pleines d’espoir, d’ambition et de détermination.

Pour des filles comme Bigirimana, la possibilité d’apprendre dans une langue qui leur est familière, dans un cadre sécurisé, a ravivé des rêves qu’elles croyaient perdus. Livres à la main et rêves dans le cœur, ces filles ne se contentent pas de survivre : elles se préparent à diriger, à créer et à rendre à la communauté ce qu’elles ont reçu.
Je veux devenir médecin pour sauver des vies. Je veux voyager, apprendre et revenir pour enseigner aux autres filles que rien n’est impossible », conclut-elle.
En leur offrant une seconde chance, cette école façonne non seulement l’avenir, mais aussi une Afrique plus forte et plus unie.
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Copyright 2020. African Women In Media
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